mercredi 30 décembre 2015

Escolo alesenco : LA FARE - ALAIS

-1-

M’as di : « Faï revïoüra ta

Qué s’escrafo é s’apouridis ;

Seouclo, desbrousso-la de la mousso nouvèlo

Dé soun franchiman mescladis.

Dessouto aquel rouvil, la pensado s’endéco ;

Et soun poëtico calioü

Abessi d’aoü cendras qué l’amato et lou séco

Muor san baïuerno é sans elioü.

Quand nostes viels, d’aoü soun dé lus amo férado,

Fasieoü sourti dé fiers perpaoüs ;

Quand la prunèlo en fio, la man drécho sarado

Sus lou manche dé lus destraoüs,

Sinnavou, dé lus san, un séramen saoüvage

Séramen d’amour ou de mor,

Anavou pas dé vèr Paris, lou grand vilage,

Manléva soun parla rétor.

Lou passa siblo à moun aoüreïo

D’aquéles airs que fan raïva,

D’aquéles airs d’aou ciel qu’en pantaïsan l’on trovo

Et que Fabre de Cello-Novo

Soul, san dourmi, pouguè trouva.

La lengo qu’a lou maï de prusé poëtico,

La lengo qu’es touto musico

Per caoü sen la fan de rima,

Es la qu’on barboutis, éfan, à la brassièïro,

Es aquélo qué la prémièïro

Nous apren à dire : Mama.

/…/


-2-

Aïme, quand l’hiver pounchéjo

Lou vespre dé la Toussan,

Et qué l’âouro-d’âou cousséjo

La fieïéto, qué câouléjo

Lou jalibre acoumençan :

Quand la tèro sé déspoïo

Dé sa verdou, dé sa joïo :

Quand souléto à soun cantoun,

La flouréto sans famïo

Qué din la muraïo brïo,

D’âou sourél régordo fïo,

Guèto soun dariè poutou ;

/…/

Quand, soul din moun ermitage,

Câouffe mous pès endourmis

Per l’hiver que faï tapage,

Un pâou per l’hiver dé l’age,

En raïvan dé mous amis :

Dé mous amis qué, pécaïre !

Lou voulan d’âou grand ségaïre

Esclaïris à moun entour :

Aïme alor, aïme aquélo houro

Mounte la campano plouro,

Coumo la vêouso tourtouro,

Tant lêou qué tombo lou jour.

mardi 15 décembre 2015


LA  LITTÉRATURE D’ OC  DANS  LES CANTONS  D’ ALÈS (1841 – 1936)


Éditions Aigo  Vivo, Alès  2007

Editions Aigo Vivo (éditions populaires) chez Yves Gourgaud 56  avenue du 8 mai 30520  Saint-Martin-de-Valgalgues

Nos éditions publient uniquement des livrets, dans l’esprit de la littérature de colportage. La liste en sera fournie sur simple demande accompagnée d’une enveloppe timbrée.

©  Yves Gourgaud 2007

PRÉSENTATION


En 1981, dans un article intitulé Le mouvement littéraire cévenol en langue d’Oc (Revue « Causses et Cévennes », page 305), Daniel Travier écrivait : « …une étude de l’expression écrite cévenole en langue d’Oc serait la bienvenue. Elle nous paraît même indispensable et nous souhaitons vivement qu’elle ne tarde pas. » Cet appel semble être resté sans réponse jusqu’à aujourd’hui, ce qui nous a incité à publier la présente petite étude, dont nous allons donner les limites :


a) Nous ne parlerons ici que de la littérature en langues d’oc dans les cantons d’Alès, c’est-à-dire dans les trois communes d’Alès, Saint-Julien-de-Valgalgues et Saint-Martin-de-Valgalgues, chacune d’entre elles pouvant s’enorgueillir d’avoir vu naître des écrivains de valeur.

b) Parmi les auteurs donnés ici comme « alésiens », on retiendra, outre ceux qui sont nés en Alésenque, ceux qui y ont séjourné et qui ont ainsi été marqués du sceau de la spécificité alésienne et plus généralement cévenole.

c) Notre enquête s’est limitée à l’Age d’Or de la littérature alésienne d’oc, qui court sur près d’un siècle, du milieu du XIXe au milieu du XXe. Très précisément : 1841 voit la première publication, dans l’Echo d’Alais, des oeuvres poétiques du Marquis de La Fare-Alais (de Saint-Martin-de-Valgalgues), et 1936 voit paraître la dernière publication félibréenne du Majoral Julien Brabo dit Jan Castagno (lui aussi de Saint-Martin-de-Valgalgues) ainsi que la dernière contribution alésienne au célèbre Armana Prouvençau.



Tout au long de ce siècle, les écrivains vont employer deux types de graphies et deux types de langues d’oc, ce qui va nous permettre de les regrouper en trois « écoles » littéraires, terme que nous mettons entre guillemets parce que les filiations ne sont pas toujours revendiquées expressément : remarquons simplement que ces trois écoles non seulement vont coexister harmonieusement, mais encore qu’elles se juxtaposent souvent parce que plusieurs auteurs appartiennent à deux d’entre elles.

L’école alésienne (localiste)


La première école littéraire est celle de La Fare-Alais, le marquis-poète faisant vite des émules. Cette école pourrait être appelée « école alésienne », son écriture et son inspiration étant le plus souvent localistes : on chante avant tout les valeurs du petit pays, ses personnages, ses beautés, ses traditions, tout ceci dans une langue qui s’affranchit des contraintes d’une orthographe stricte. Certes, La Fare propose des règles d’écriture, mais il n’a nulle intention de faire école, et c’est en quelque sorte malgré lui que se formeront des disciples qui d’ailleurs écriront la langue cévenole avec beaucoup de libertés, c’est-à-dire avec pas mal de contradictions et d’hésitations. Tout ceci est tout à fait naturel, si l’on songe que le marquis écrit sans avoir de véritable modèle, et qu’il « invente » donc sa langue au fur et à mesure de ses besoins poétiques…

L’école cévenole (félibréenne)


Après la parution de Mirèio en 1859, les données changent radicalement : Mistral est un voisin, et sa langue provençale est aussi toute proche de la cévenole. Il est donc tout naturel que se crée en Alès une école félibréenne que nous appellerons plutôt « école cévenole » : outre que ses thèmes vont s’élargir, cette école va adopter (et adapter) l’écriture mistralienne, qui est une véritable orthographe. Cette révolution graphique aura pour effet immédiat de montrer les grandes similitudes entre langue cévenole et langue provençale, et les auteurs de cette école seront publiés sans problème dans les grandes revues de Provence.

Cependant, cette unité s’établit au prix de quelques distorsions entre langue et graphie ; par exemple, les parlers cévenols se partagent entre ceux qui, comme en provençal, ne prononcent pas les –S du pluriel, et ceux qui, au contraire, les prononcent : les félibres cévenols vont décider d’écrire en toutes circonstances ces –S pour établir et affirmer l’unité graphique entre Cévenols, et c’est bien en ce sens qu’on peut parler d’une véritable « école cévenole ». Il faut cependant noter que des félibres alésiens continueront à employer une écriture non mistralienne, et qu’ils se rattachent ainsi à l’ « école alésienne » évoquée plus haut.

L’école provençale


La troisième école, encore plus que la seconde, s’inspire de Mistral : son génie étant reconnu et admiré, certains Cévenols vont franchir le pas en adoptant non seulement l’écriture du maître, mais aussi et surtout sa langue. La grande proximité entre langue provençale et langue cévenole alésienne va leur permettre de s’installer rapidement dans cette forme d’expression, qui est nouvelle en Cévennes, et on verra se former ce qu’on peut appeler une « école provençale », certains auteurs se partageant entre école cévenole et école provençale, avec des œuvres publiées dans l’une ou l’autre langue…

Nos critères de choix


Notre présentation de la littérature alésienne sera forcément brève, et donc forcément partielle : nous avons mis en avant les auteurs que nous connaissons le mieux, mais en même temps nous avons été attentif à ce qu’on pourrait appeler la « projection extérieure » de notre littérature, autrement dit sa présence hors de notre aire géographique, et tout particulièrement en Provence, terre voisine qui, pour la période étudiée, représente un véritable pôle d’attraction pour tout écrivain de langue d’oc. On comprendra facilement qu’une terre qui a vu naître les Mistral, Roumanille, Aubanel, Charloun Rieu et autres d’Arbaud ait été quelque peu exigeante lorsqu’un écrivain d’une autre région d’oc prétendait s’y voir publié. Le fait que des Cévenols aient été acceptés dans des revues comme Lou Bouil-Abaïsso (de Marseille), l’Armana Prouvençau (d’Avignon) ou l’Aiòli (la revue fondée et financée par Mistral lui-même) nous a donc semblé un élément significatif pour juger de la qualité des œuvres éditées. Un autre élément significatif était, bien entendu, l’existence d’œuvres littéraires publiées : tant qu’elle n’existe qu’en manuscrits ou en projets, une littérature n’est que virtuelle…

Pour la clarté de l’exposé, nous avons divisé le Siècle d’Or alésien en cinq périodes d’une vingtaine d’années, chaque période apportant de nouveaux talents et de nouvelles œuvres.

1/ 1840-59 : l’Echo d’Alais et Lou Bouil-Abaïsso


Le 7 mars 1841 paraît le premier numéro de l’Echo d’Alais, hebdomadaire qui durera une dizaine d’années, et dès le numéro 2 (du 14 mars) on y voit la première poésie de notre premier écrivain, le Marquis de La Fare-Alais (né et mort à Saint-Martin-de-Valgalgues,  16 novembre 1791- 29 janvier 1846) : ce poème a pour titre : Alais, et son auteur se cache sous la signature X (se cache-t-il vraiment ? En tout cas il sera vite démasqué, puisque dans le numéro 11 du 16 mai 1841, un autre auteur cévenol fait rimer X avec avaro !).

Nous avons suivi notre poète pendant trois ans dans l’Echo d’Alais : en 1841, il publie 6 textes ; en 1842 il en donne seulement 2 (mais La Bâoumo dé las Fados, le plus vaste poème de La Fare, sera publié en six fois, de novembre 1842 à février 1843) ; 3 autres poèmes vont s’ajouter en 1843, ce qui nous donne un total de 11 poèmes sur les 17 que nous connaissons et qui seront publiés dans le recueil Las castagnados (première édition en 1844, seconde édition –posthume- en 1851).

Dans l’Echo d’Alais, d’autres poètes en langue cévenole ont rejoint celui qui fait figure d’initiateur et de maître : Mayet (La gardounado, 22 août 1841, près de 70 vers) et Roche (Épitro a l’aoutur X, 16 mai 1841, près de 130 vers), tous deux d’Anduze, puis d’autres encore qui ne donnent pas leur identité et qui produisent: L’éntérado d’un éfan, 24 mars 1850, 55 vers ; deux fables le 14 avril 1850, signées « E. de J. », le même auteur signant le 1er décembre 1850 un long conte de près de 150 vers : Lou curat et soun clerc ; on a aussi, non signé, Souvénénço à La Faro, beau poème de 11 strophes de 11 vers qui, le 26 janvier 1851, commémore le cinquième anniversaire de la mort du marquis ; on a enfin un remarquable poème d’un jeune auteur qui fera reparler de lui bien plus tard : César Gourdoux (né en Alès en 1824, mort à Paris en 1912) qui publie, les 27 avril et 4 mai 1851, un drame de près de 200 vers intitulé Lizoù la novio.

Il y a donc bien, dans les années 1840-1850, une école alésienne qui fait florès dans la capitale des Cévennes et ses environs ; mais ce qu’on sait moins, c’est que la renommée de La Fare-Alais s’est étendue au-delà de notre province, jusqu’à Marseille. En 1841 (donc exactement en même temps que l’Echo d’Alais) y paraissait Lou Bouil-Abaïsso, un hebdomadaire fort curieux puisqu’il était entièrement rédigé en langues d’oc, et en vers (y compris les publicités ou l’adresse de la rédaction !). Or on y découvre le 30 avril 1841, sous la signature d’un certain « Salles », un poème intitulé Alès et qui n’est que la copie intégrale du poème de La Fare publié en mars de la même année ! C’est aussi sous la signature « X » que sera reproduit, le 9 novembre 1844, un des meilleurs poèmes du marquis, La festo das morts, qui avait paru trois ans plus tôt dans l’Echo d’Alais. Lou Bouil-Abaïsso se trouve donc être un second foyer de propagation de la littérature alésienne et cévenole : en 1841 et 1842, on y publiera 14 poèmes des Cévennes, et 12 autres entre 1844 et 1845. L’auteur le plus prolifique et le plus intéressant est André Couret, le premier auteur à s’intéresser aux réalités industrielles de son pays : Descriptioun de las foundariés d’Alais et de las minos de la Grand’Coumbo, 29 avril et 10 juin 1842. Un autre auteur alésien publié par Lou Bouil-Abaïsso, Archambaud Pascal, a comme principal intérêt d’être un précurseur de la littérature cévenole : son œuvre, courte (5 poèmes), est cependant variée : une historiette, une ballade, un conte, une romance, une ode…

2/ Les années1860-70 : naissance du Félibrige 


Mistral et ses amis, dans les années 1850, ont révolutionné la littérature d’oc : c’est tout d’abord la fondation, en 1854, du Félibrige, mouvement qui va puissamment organiser les écrivains et, de manière plus générale, les patriotes de Provence ; la même année va paraître le premier Armana Prouvençau (pour l’année 1855, donc) ; en 1859 paraît Mirèio, le grand poème de Mistral qui va renouveler complètement notre littérature et imposer son auteur comme le grand renaissantiste méridional. Bientôt, le mouvement s’étend aux Cévennes, par l’intermédiaire d’Albert Arnavielle (né en Alès le 22 juillet 1844, mort à Montpellier le 11 novembre 1927) : dès 1865, il publie des textes dans l’Armana Prouvençau, avec une graphie mistralienne adaptée au parler alésien. En 1868 (il n’a que 24 ans !), il publie son œuvre la plus ambitieuse : Lous cants de l’aubo, dont les 15 pages de Préface constituent un manifeste en faveur de la langue cévenole et de son écriture mistralienne ; c’est aussi une claire affirmation des différences entre l’œuvre de La Fare et la sienne :Quoique savant dans la langue, M. de La Fare a borné son génie modeste à la peinture vive des tableaux locaux ; il n’a voulu prendre sur le fait que les mœurs raïoles. /…/ Il n’en est pas de même de Lous Cants de l’Aubo, où l’auteur, avec moins de talent et d’érudition, il est vrai, a fait servir notre langue populaire à l’expression d’une poésie plus générale. (pages XIII-XIV). Suivent 35 poèmes, les deux derniers prenant la forme de véritables contes en vers (à eux seuls ils occupent 42 pages de l’ouvrage, qui en compte plus de 300, la moitié étant prise par la traduction). Cet ouvrage sera republié en 1928, augmenté de quelques pièces. Quelques années plus tard, en 1873, Arnavielle va publier un ouvrage devenu rarissime car tiré à 50 exemplaires seulement : Volo-Biòu, pouèmo cevenòu, qui est certainement ce qu’il a produit de plus original : en 65 pages et en vers (sans traduction), il nous conte une légende de Saint-Ambroix (près d’Alès) dans une tonalité héroï-comique qui convient parfaitement à sa forte personnalité. A sa mort seront recueillies dans Las Raiolos (1932, 354 pages, bilingue) les nombreuses poésies qu’Arnavielle avait éparpillées dans une multitude de revues et d’almanachs. Dès 1865, Arnavielle avait collaboré au (déjà) prestigieux Armana Prouvençau, et avec lui étaient publiés deux autres Alésiens (d’adoption) : André Leyris (né le 2 octobre 1829 à Marvejols en Lozère et mort à Alger le 19 janvier 1894) et Gratien Charvet (né en 1826 à Remoulins et mort en Alès le 14 juillet 1884), ce dernier s’exprimant en provençal, sa langue naturelle.Pendant que le Félibrige s’installe avec l’Escolo de la Tabò, l’ école alésienne, loin d’être supplantée, va refleurir d’un vif éclat grâce à un poète ambitieux, Paul Félix (né et mort en Alès, 9 mai 1803 - 18 décembre 1879). Bien que félibre, il refuse l’écriture mistralienne et s’en tient à celle de La Fare, ce qui ne l’empêche pas de publier en 1872 un des plus grands poèmes de la littérature alésienne : Las Fados én Cévénos, qui compte 16 parties et s’étend sur 283 pages (sans traduction). Il fait suivre son poème d’un précieux Glossaire qui occupe, lui, près de 100 pages ! Il publiera par la suite des œuvres comiques : Las mouninétos (1876, 100 pages, bilingue), Lous jardignés d’én Pradarié, coumédïo én très atos et èn vérs (1879, 86 pages, avec un Avant-propos de G. Charvet).

3/ Les années 1880-90 :La « génération de 1877 »


Dans l’Armana Prouvençau de 1877 apparaissent pour la première fois les noms de trois écrivains alésiens qui vont marquer leur époque : Léontine Goirand, Maurice Faure et Paul Roustan. 

Léontine Goirand (née et morte en Alès, 21 novembre 1853 - 25 juillet 1923), qui signe aussi La Felibresso d’Areno, va être la muse de nombreux félibres d’Alès et bien au-delà ; on la dit belle et douce… mais elle mérite surtout notre attention parce que c’est elle qui va fonder, dans les faits, l’ « école provençale » alésienne lorsque paraît son principal recueil de poèmes, en 1882 : Li Risènt de l’Alzoun, pouesìo prouvençalo de la Felibresso d’Areno  (imprimé chez Aubanel frères en Avignon, 247 pages, 49 poèmes). Par ailleurs, à l’occasion de son mariage en 1882, elle va recevoir l’hommage des félibres cévenols et provençaux sous la forme d’un recueil de poèmes : Lou capelet nouviau, dont la table des matières forme la plus prestigieuse anthologie dont on puisse rêver à l’époque ; on y trouve en effet, chez les Cévenols : Arnavielle, Gaussen, Charvet, Leyris et Maurice Faure, le cousin de Léontine ; chez les Provençaux : Mistral, Aubanel, Roumieux, Roussel, Astruc, Tavan, Gras ; chez les Languedociens : Roque-Ferrier, Glaize, de Ricard, Mir…Paul Roustan (né à Puyméras dans le Vaucluse en 1859, mort en Avignon le 25 décembre 1938) est un Alésien d’adoption pour avoir enseigné dans un pensionnat de la capitale cévenole. Sa langue est tout naturellement le provençal. Il a écrit principalement du théâtre (drames, pastorales, comédies) ainsi qu’une remarquable Pichoto istòri de la Literaturo d’O o prouvençalo, despièi sis óurigino enjusquo à noste tèms, qui fut publiée en 1914 en Alès. C’est lui qui donnera à Jan Castagno (cf . plus bas) le goût de la littérature d’oc, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites.
Maurice Faure (né et mort à Saillans dans la Drôme, 19 janvier 1850 – 8 décembre 1919) est alésien par sa mère, et c’est en Alès qu’il passe ses vingt premières années ; par la suite il deviendra député, sénateur, puis ministre de l’Instruction Publique… Ses premiers essais littéraires se font en alésien, puis il passera au provençal : il appartient donc à la fois à l’école cévenole et à la provençale, mais reste fidèle au Félibrige qui le fera Majoral en 1886. Il est aussi un collaborateur assidu de l’Armana Prouvençau, puisqu’entre 1877 et 1915, son nom apparaît vingt fois ! Dans cette « génération de 1877 », on ne saurait oublier Paul Gaussen (né et mort en Alès, 26 novembre 1845 – 12 juin 1893), qui hélas a vécu trop peu pour donner l’entière mesure de son talent littéraire, tôt dévoilé par la publication, en 1878, de La fièiro de Chambourigaud, pouèmo coumique en cinq cants (réédité par Lacour en 1992) : cette œuvre de jeunesse (écrite en 1869) qui s’impose par un style alerte et sûr, sera préfacée par Arnavielle lui-même. Dans la même veine, Gaussen donnera par la suite La fièiro de Sant-Bourtoumiéu en Alès (1891) et avant de mourir Camisos e Courdeliès (1892). Mais à côté de ces trois œuvres gaies en cévenol, Gaussen va produire trois œuvres sérieuses en langue provençale : deux recueils de poèmes : Li miràgi (1885) et Li pèiro bavardo (1890) ainsi qu’un remarquable drame en vers, au sujet typiquement cévenol : La Camisardo, qui triomphera au théâtre d’Alès le 29 septembre 1878 et sera publié en 1880 sur 74 pages (sans traduction). On a là, de toute évidence, avec ses quatre actes et ses douze personnages, le chef-d’œuvre du théâtre cévenol.On mentionnera également un poète discret, Louis Gleize (né en Alès en 1830, mort à Paris le 6 mai 1886) qui, hors des Cévennes et du Languedoc, n’a guère donné que deux pièces à l’Armana Prouvençau, en 1879 et 1880 : la première en cévenol et la seconde en provençal.
A tous ces écrivains vont s’ajouter, jusqu’à la fin du siècle, quelques personnalités marquantes et d’autres plus discrètes. Nous ne mentionnerons qu’en passant le nom de Mireille Arnavielle (née en Alès le 13 décembre 1872, morte à Montpellier en 1946), fille d’Albert et filleule de Louis Roumieux, qui ne se fera remarquer que par une poésie dans l’Armana Prouvençau de 1897 et par une pièce qui lui fut dédiée dans l’Aiòli (n°197) à l’occasion de son mariage…Bien plus intéressant est le félibre de Saint-Julien-de-Valgalgues, Ernest Aberlenc (né en 1847, mort à Valiguières dans le Gard en 1930) : son recueil de poèmes de 1893, Las Cevenolos, pouesios lengodoucianos (dialeite d’Alès), peut se comparer à celui de Paul Félix (cf. plus haut) par son ampleur (près de 350 pages de poèmes, sans traduction, suivies d’un glossaire cévenol-français de près de 60 pages) et par son esprit d’indépendance à l’égard de l’école cévenole : il se réclame de la graphie félibréenne, mais il l’adapte comme le feront d’autres Languedociens plutôt que de suivre le modèle d’Arnavielle, plus proche du provençal.
A l’école alésienne se rattache une autre figure de la littérature cévenole : Léonce Destremx de Saint-Christol (né en Alès le 3 décembre 1820, mort en son château de Saint-Christol le 7 mai 1901) qui, comme Maurice Faure, allie vie politique (conseiller général, député de l’Ardèche) et vie littéraire. Ce félibre de cœur préfère l’écriture de La Fare (en fait, une écriture localiste qui ne suit que ses propres règles), et sa première publication le dit nettement : Fables patoises, dialecte d’Alais (1887) est un ouvrage de 52 pages qui présente 7 pièces ; suivront La Rambaiado, recueil de fables languedociennes, dialecte cévenol, Ecole d’Alais (1890 ; autre édition, revue et augmentée, en 1898 : 300 pages) ; la même année 1898, il fait paraître Le Renouveau, poésies, un ouvrage de près de 100 pages avec très peu de textes en cévenol –on y trouve par contre la traduction de Camisos ecourdeliès de Paul Gaussen. Nous avons découvert un autre ouvrage de Destremx, paru en 1896 et intitulé Post-scriptum, avec de nombreuses nouvelles fables, imitées de Florian.
Vers la fin du siècle, on signalera deux auteurs ; l’un a eu l’honneur d’être publié dans l’Aiòli de Mistral (N°67, 92 et 260) : c’est le distingué héraldiste Louis de Sarran d’Allard, qui se fera connaître par un recueil (mais ce Devisaire felibren, annoncé en 1893, fut-il publié ?) des armes et devises des félibres et de leurs amis…. L’autre auteur est davantage connu comme linguiste, auteur d’une remarquable étude de 118 pages sur Le discours languedocien, recueil des locutions et occitanismes du dialecte d’Alais, parue en Alès en 1900 et qui devrait être le livre de chevet de tous ceux qui prétendent écrire en cévenol authentique : c’est Gabriel Haon , né et mort en Alès (24 août 1874 – 17 janvier 1948), qui publie la même année une plaquette de 7 poèmes : Pantais e sournetos, qui le rattache à l’école cévenole même si, comme Aberlenc, il fait évoluer la graphie félibréenne cévenole en la tirant vers Montpellier plutôt que vers Avignon…

4/ Les années 1900 et 1910


L’entrée dans le XXe siècle marque une pause dans la production cévenole : l’Aiòli ne paraît plus depuis 1899, et l’Armana Prouvençau ne publie que peu de textes des Cévennes : un en 1902, un en 1903, un autre en 1907 puis plus rien jusqu’en 1913…1912 voit cependant la publication de deux œuvres intéressantes. L’une, d’un auteur non répertorié, Laurent Amat, relance l’école alésienne ou plutôt en continue la veine patoisante des Félix et autres Destremx : les 20 textes cévenols de Sus la Ribo daou Gardou, poésies languedociennes et françaises (dialecte cévenol) occupent 70 pages (sans traduction) d’un ouvrage qui en compte 118, et présentent essentiellement des fables ou des historiettes en vers, ce qui n’exclut pas l’usage d’une langue riche. Quant à la graphie patoise d’Amat, elle se révèle plus fidèle au « dialecte cévenol » que celle de ses prédécesseurs, parce que l’auteur, sans aucun complexe, décide de n’écrire les –s en fin de mot que lorsqu’ils sont réellement prononcés : « las véndimio finido », « sas alo », « toutos mas cansounéto », « dé moucél dé caoulé » nous renseignent plus sur le parler d’Alès que bien des graphies savantes !
La même année qu’Amat, l’école provençale se relance avec L’amigo rustico de Jan Pagan, pseudonyme d’Alcide Blavet (né et mort en Alès, 4 mai 1868 – 24 avril 1934). Cette personnalité félibréenne (il sera Majoral en 1914) s’était déjà fait connaître en publiant dès 1888 son recueil poétique de Labro e roso et en collaborant à l’Aiòli et surtout à l’Armana Prouvençau depuis 1890 ; c’est cependant L’amigo rustico, Pouësìo prouvençalo qui reste sa plus belle réussite lyrique : les 28 pièces de ce rare recueil de 94 pages (tiré à 406 exemplaires tous numérotés) sont très soigneusement imprimées, avec un encadrement rouge à chaque page et de nombreuses illustrations… Mais, comme plusieurs de ses prédécesseurs, Blavet s’exprime aussi en cévenol, ce qui nous donnera, l’année de sa mort, une production théâtrale en vers : Lou barbiè de Sauset, coumedìo… segui de La calandro de Basco, pèço dramatico, deux pièces qui, avec leurs traductions, forment un ouvrage de plus de 120 pages.

La terrible guerre de 1914-18 verra tomber deux jeunes félibres alésiens de l’école provençale, dont il convient de citer les noms ici : Roger Brunel (né en Alès en 1884, mort en 1917 victime du torpillage de son navire) et Elie Boudon, (né en Alès en 1886 et tué en 1918) dont l’Armana Prouvençau publia un poème cette même année…

5/ L’entre-deux-guerres : 1919-1936


La dernière période de l’Age d’Or alésien s’ouvre et se referme avec les productions de l’auteur le plus prolifique, puisqu’on compte une trentaine d’ouvrages écrits de sa main, tous en cévenol : il s’agit du Majoral Julien Brabo, plus connu en Alès et ailleurs sous son pseudonyme de Jan Castagno (né à Saint-Martin-de-Valgalgues le 26 octobre 1859, mort en Alès le 31 janvier 1938). Dès 1919, il s’impose avec deux gros volumes : en août paraît La Mielado, un ouvrage de 300 pages (sans traduction) qui mêle proses et poésies, tonalités gaies et dramatiques ; en décembre, encore 300 pages pour Grumos e Rires dins lou Sang, ouvrage qui comme le laisse supposer son titre (« grumo » est la forme cévenole pour « lagremo », larme), est centré sur la guerre qui vient de s’achever, et qui donne le même mélange de styles et de tons. Moins de six mois plus tard, en mai 1920, Brabo récidive avec un ouvrage de 244 pages (sans traduction) intitulé Vitourino, qui retrace la vie de sa mère et qui est l’occasion d’une intéressante tentative stylistique, puisqu’il est écrit en « proso martelado » ou prose rythmée. Même si l’excès de lyrisme et de bons sentiments fait du tort à ces écrits, on y trouve bon nombre de belles pages qui savent trouver le ton juste. Sa plus belle réussite sera l’imposant récit autobiographique E zóu ! Tabò ! paru en 1930 et curieusement donné comme un « roman » par son auteur : près de 400 pages d’un grand format, illustrées de gravures de l’auteur, le texte cévenol et sa traduction apparaissant en deux colonnes sur chaque page. Brabo y a trouvé un ton sobre qui faisait souvent défaut dans ses proses précédentes.
Jusqu’à la fin de sa vie, Jan Castagno produira des pièces de théâtre populaire qu’il édite en petits livrets accessibles à toutes les bourses ; dans le même registre bon enfant, son dernier ouvrage : La noço de Frosino, galejado rimado, 54 pages publiées en « ivèr 1936-37 », avec ses vers alertes et son ton amusé, par un clin d’œil sans doute involontaire, retrouve la verve du Marquis de La Fare-Alais qui avait donné le coup d’envoi de la littérature alésienne moderne.

Notons, pour finir, la rare et mince plaquette des quelques vers de Ferdinand Chabrier (né et mort en Alès, 13 avril 1871 – 20 janvier 1934), publiée l’année même de sa mort et qui ne compte qu’une seule poésie (32 vers en cévenol): « Es pas besoun d’avedre un deputa » ; notons aussi l’action tenace d’un Alésien d’adoption, Estève Brémond (né dans le Vaucluse à Grambois en 1871, mort à Aix-en-Provence le 14 octobre 1935), qui fut Inspecteur de l’Enseignement Primaire dans le Gard et membre actif de l’Escolo de la Tabò en Alès. Ecrivant naturellement le provençal, il s’était fait connaître à la veille de la Grande Guerre par un recueil de sonnets, Gleno sestiano, préfacé par Mistral . il participa ensuite à la rédaction de l’Armana Prouvençau à cinq reprises (1915, 1923, 1924, 1935 et 1936). Peu de temps avant sa mort, retiré à Aix-en-Provence, il y publiait un dernier hommage au pays alésien : 40 pages d’une belle prose classique intitulée Tres pacho diaboulico en Ceveno ; là aussi la boucle se bouclait avec l’initiateur de la littérature fantastique cévenole, La Fare-Alais.

En guise de conclusion

Avec la mort des Arnavielle, Blavet, Brabo, Roustan, Aberlenc et autres Brémond, les années 1920-1930 voyaient se refermer la page la plus glorieuse de la littérature alésienne. Que le lecteur soit cependant bien persuadé que tout n’a pas été exploré ni même abordé dans cette trop courte étude, qui ne voulait que rassembler quelques matériaux pour une Histoire de la Littérature Cévenole en Oc qui reste à élaborer. L’auteur s’est ici contenté d’apporter une modeste pierre au monument, espérant toutefois que d’autres viendront apporter leur contribution...

Achevé à Saint-Martin-de-Valgalgues le 31 janvier 2007  

Annexe 1


Et l’école occitane alésienne ?

Elle apparaît bien plus tardivement, dans les années

1960-1970, et de plus elle propose une rupture radicale

avec les écoles précédentes, en imposant à tous une

écriture qui n’est ni patoise ni mistralienne, et qui a pour

but de cacher les particularités locales de la langue ; elle

emploie aussi des mots totalement inconnus en

Cévennes, comme l’extravagant « meteis » qui

remplace, sous la plume des occitanistes, le mot cévenol

et provençal « meme » qui est jugé trop francisé (alors

que les Castillans disent « mismo » et les Portugais

« mesmo » !!). On obtient ainsi une langue particulière,

dite « occitane » (qui parfois ne manque pas de charme),

qui n’est évidemment pas du provençal , mais qui n’est

pas non plus du cévenol, une langue d’ailleurs sans

norme fixée, chaque auteur s’improvisant maître de la

langue et de son écriture. C’est ainsi que l’article

contracté « des », qui se prononce « das » et que les

écoles alésienne et cévenole écrivaient naturellement

« das », va se retrouver, selon la fantaisie des auteurs,

écrit « das » ou « daus » ou « dals », quand ce n’est pas

« de los » comme tout récemment chez une « poétesse

occitane » !… Les occitanistes, par ailleurs, ne se

mélangent guère avec les autres écrivains cévenols : qui

voudrait avoir une idée de la qualité de leur langue et de

leur production littéraire pourra consulter le tome II des

Conteurs et poètes cévenols et gardois d’aujourd’hui,

qui date de 1987 et ne regroupe que des occitanistes,

22

l’éditeur étant d’ailleurs feue la Librairie Occitane de

Salindres.

Cette « école occitane » existe donc, mais sur des

bases et avec des objectifs qui nous empêchent, en tout

état de cause, d’établir une quelconque comparaison

avec les écoles précédentes. Il faut dire aussi qu’elle

s’est constituée à une époque où la langue, ayant cessé

d’être parlée massivement, pouvait devenir la proie

d’intellectuels (certains diraient : de notables) sans trop

de connaissances (souvent) ni sans trop de scrupules

(parfois).De toutes façons, l’école occitane se situe en

dehors de cet Age d’Or que nous évoquions plus haut, et

qui seul nous intéressait ici.

Annexe 2

Auteurs alésiens : Ouvrages publiés

23

(Nous avons souligné les œuvres qui nous semblent les plus importantes, et mis

entre parenthèses des publications signalées mais dont la réalité est douteuse)

1844 Las Castagnados Lafare-Alais

1851 Las Castagnados (2e éd.) Lafare-Alais

1868 Lous cants de l’aubo Arnavielle

1872 Las fados én Cévénos Félix

1873 Volo biòu Arnavielle

1875 Pèr Toulouso Arnavielle

1875 Carnaval Arnavielle

1876 Las mouninétos Félix

1877 La bressadisso Félix

(1877 Pouesios lengadoucianos Blanc)

1878 La fièiro de Chambourigaud Gaussen

1879 Lous jardignés d’én Pradarié Félix

1879 Trioulet à la pichoto Eloïse Goirand

1880 Lous gorbs Arnavielle

1880 La Camisardo Gaussen

1882 Li risènt de l’Alzoun Goirand

1882  Lou capelet nouviau… /collectif/

1882 L’auboi de calèndo Aberlenc

1885 Li miràgi Gaussen

1885 Rounsard à Toulouso Arnavielle

1887 Fables patoises Destremx

1888 Lous Gardous Aberlenc

1888 Labro e roso Blavet

1889 Castagnado Blavet

1890 La rambaïado (2e éd.) Destremx

1890 Li pèiro bavardo Gaussen

1891 La fièiro de Sant Bourtoumiéu   Gaussen

1892 Benvengudo Blavet

1892 Camisos e courdeliès Gaussen

1893 Las cevenolos Aberlenc

(1895 Flouretos e belugas Leyris)

1895 Bernassoun, li Rèi Roustan

1896 Post-scriptum Destremx

1898 Le renouveau Destremx

1898 La rambaïado (3e édition) Destremx

1900 Pantais e sournetos Haon

1901 L’aucelou toumba daou nis Gourdoux

1901 Fésiè Gourdoux

1902 Cendras Aberlenc

1912 Sus la ribo daou Gardou Amat

24

1912 L’amigo rustico Blavet

1914 Gleno sestiano Bremond

1919 Grumos e rires dins lou sang Brabo

1919 La mielado Brabo

1920 Vitourino Brabo

1921 Sèt conte cevenòu Brabo

1922 La Joucoundo de Zibo-Zoubo Roustan

1922 Margal Brabo

1922 Uno vesprado de teatre… Brabo

1922 Lou grand Boudiflard Brabo

1923 Palado de terro… Blavet

1923 Tartarinet… Brabo

1924 La fiho dòu rèi Reinié… Roustan

1924 La grando pieta de carnaval Brabo

1926 Simoun lou minur Brabo

1926 La disputo au liè Brabo

1926 Lou boutou de camiso Brabo

1928 Lou mistèri crestian Brabo

1928 Nèblo e soulèu Faure

1928 Lous cants de l’aubo (rééd.) Arnavielle

1930 E zou ! Tabò ! Brabo

1932 Las raiolos Arnavielle

1934 Quelques vers Chabrier

1934 Lou barbié de Sauzet Blavet

1934 Lous fusels d’or Brabo

1934 Tres pacho diaboulico en Ceveno Bremond

1935 Las noços d’or… Brabo

1936 La noço de Frousino Brabo

1963 Acourdanço (rééd.) Arnavielle

1992 La fièiro de Chambourigaud (rééd.)  Gaussen

2006 Simoun lou carbouniè (rééd.) Brabo

N.B. Un bon nombre de publications de Brabo, non datées, n’ont pas

trouvé leur place ici. 

Annexe 3

25

Auteurs alésiens dans l’Armana Prouvençau

1865 Arnavielle, Charvet, Leyris

1866 Arnavielle, Charvet

1867 Arnavielle

1868 Arnavielle, Charvet

1869 Charvet

1870 Arnavielle

1871 Arnavielle

1872 Arnavielle

1873 Arnavielle

1874 Arnavielle

1875 Arnavielle, Charvet

1877 Charvet, Faure, Goirand, Roustan

1878 Charvet, Faure, Goirand

1879 Arnavielle, Faure, Gaussen, Gleize, Goirand

1880 Faure, Gleize

1881 Arnavielle

1882 Arnavielle

1883 Arnavielle, Faure

1884 Faure

1885 Aberlenc, Faure

1886 Faure, Gaussen

1887 Arnavielle, Faure

1888 Arnavielle, Faure

1889 Arnavielle, Faure

1890 Arnavielle, Blavet, Faure, La Fare

1891 Faure

1893 Blavet

1894 Faure

1896 Faure

1897 Mireille Arnavielle, Faure

1898 Faure

1902 Faure

1903 Arnavielle

1907 Faure

1913 Blavet

1915 Brémond, Faure

26

1917 Blavet

1918 Blavet, Boudon

1919 Arnavielle, Blavet, Brabo

1922 Arnavielle, Blavet

1923 Brémond

1924 Brémond, Roustan

1925 Brabo, Roustan

1926 Roustan

1927 Roustan

1932 Blavet

1933 Blavet

1935 Brémond

1936 Brémond

Annexe 4

INDEX DES AUTEURS ALESIENS

v. = publié en volume (suivi de la date de parution, cf. plus haut Annexe 2)

AI = publié dans l’Aiòli (1891-1899) /le chiffre qui suit est le n° du journal/ 

27

AP = publié dans l’Armana Prouvençau (1865-1936) 

BA = publié dans Lou Bouil-Abaïsso (1841-1845)

N.B. les dates  soulignées sont celles des volumes que nous avons pu consulter

directement. Les revues signalées ont toutes été consultées.

Aberlenc  Ernest  (1847-1930)

v. 1882, 1888, 1893, 1902

AP 1885

Amat  Laurent ( données biographiques inconnues)    

v. 1912

Arnavielle  Albert  (1844-1927)

v. 1868, 1873, 1875, 1880, 1885, 1928, 1932, 1963

AP 1865 à 1868, 1870 à 1875, 1879, 1881 à 1883, 1887 à

1890, 1903, 1919, 1922

AI n° 167, 256, 301, 311

Arnavielle  Mireille  (1872-1946)

AP  1897 (cf. AI n°197 : « Pèr li noço de M.A. »)

Blavet  Alcide  (1868-1934)

v. 1888, 1889, 1892, 1912, 1923, 1934

AP 1890, 1893, 1913, 1917, 1918, 1919, 1922, 1932, 1933

AI n° 90, 160

Boudon  Elie  (1886-1918)

AP 1918

Brabo  Julien, dit Jan Castagno  (1859-1938)

v. 1919 (2 vol.), 1920, 1921, 1922 (3 vol.), 1923, 1924, 1926

AP 1919, 1925

Brémond  Estève, dit Jóusè de Font-Vierano  (1871-1935)

v. 1914, 1934

AP 1915, 1923, 1924, 1935, 1936

Brunel  Roger  (1884-1917)

Cf. revue Calendau 1935, n°30 p.173-4 ; Armana de la Pignato

1939 p72 ; Armana di Felibre 1967 p.30

Chabrier  Ferdinand  (1871-1934)

v. 1934

Charvet  Gratien  (1826-1884) 

AP 1865, 1866, 1868, 1869, 1875, 1877, 1878

Couret  André  (né vers 1795… ?)

BA 1844, 1845

Destremx  de Saint-Christol, Léonce (1820-1901)

(3 vol.), 1928, 1930, 1934, 1935, 1936 

28

v. 1887, 1890, 1896, 1898

Faure  Maurice  (1850-1919)

v. 1928

AP 1877 à 1880, 1883 à 1891, 1894, 1896 à 1898, 1902, 1907, 1915

Félix Paul  (1803-1879)

v. 1872, 1876, 1877, 1879

Gaussen  Paul  (1845-1893)

v. 1878, 1880, 1885, 1890, 1891, 1892, 1992

AP 1879, 1886 

AI n°91

Gleize  Louis  (1830-1886)

AP 1879, 1880

Goirand  Léontine, dite La Felibresso d’Areno  (1853-1923)

v. 1879, 1882

AP 1877, 1878, 1879

Gourdoux  César  (1824-1912)

v. 1901 (2 vol.) 

Lisou la novio in Echo d’Alais n°539/540, 27 avril/4 mai 1851

Haon  Gabriel  (1874-1948)

v. 1900

La Fare-Alais  Gustave de  (1791-1846)

v. 1844, 1851

AP 1890

Leyris  André  (1829-1894)

v. 1895 ( ?)

AP 1865

Pascal  Archambaud  (données biographiques inconnues) 

BA 1844 (5 poèmes)

Roustan  Paul  (1859-1938)

v. 1895, 1922, 1924

AP 1877, 1924 à 1927

Sarran d’Allard  Louis de  (données biographiques inconnues) 

AI n°67, 92, 260

Annexe 5 : à propos des rééditions

Il serait souhaitable que se multiplient les rééditions

d’auteurs cévenols, mais à une condition : qu’elles

respectent la graphie et la langue des auteurs. Nous

29

sommes au regret d’avoir à dénoncer ici la tentative

occitaniste de republier des auteurs en les trahissant (et

en trahissant le lecteur). Dans l’Education Nationale, il

existe des règles très strictes qui interdisent de changer

la graphie des auteurs, aussi bizarre puisse-t-elle

paraître, lorsqu’il s’agit d’étudier ces textes pour le

Baccalauréat ; or ce sont souvent des occitanistes

enseignants qui se permettent de présenter au grand

public ce qu’ils n’ont pas le droit d’offrir aux lycéens :

où est la logique, où est l’éthique d’une telle démarche ?

Il est évident que le rôle de l’école littéraire occitaniste,

en Cévennes comme ailleurs, est avant tout de publier

ou republier des auteurs occitans. Et si l’on veut

(re)publier des auteurs d’autres écoles, qu’on le fasse en

présentant au moins la langue originale aux côtés de

l’occitan, ce qui permettrait de vérifier sur pièces la

prétendue supériorité  de la graphie occitane… Il va de

soi qu’une telle exigence s’applique à tout texte

littéraire, et que nous condamnerions tout aussi

fermement la mise en graphie mistralienne ou patoisante

d’une œuvre occitane. Simplement, nous n’en avons pas

eu l’occasion pour la bonne et simple raison qu’à notre

connaissance, aucun exemple d’un maquillage dans ce

sens n’a pu être constaté… Là encore, l’école occitane

fait bande à part, aussi n’avons-nous pas signalé ses

rééditions falsificatrices.

TABLE  DES  MATIÈRES

30

Présentation 3

1/ Les années 1840 et 1850 8

2/ Les années 1860 et 1870 10

3/ Les années 1880 et 1890 12

4/ Les années 1900 et 1910 17

5/ Les années 1920 et 1930 18

En guise de conclusion 21

Annexes

1. Et l’école occitane alésienne ? 22

2. Les ouvrages publiés 24

3. Les Alésiens dans l’Armana 26

4. INDEX DES AUTEURS 28

5. À propos des rééditions 30

31

vendredi 11 décembre 2015

Yves  GOURGAUD










DÉFENSE ET
PROMOTION
DE LA LANGUE
CÉVENOLE









Aigo  Vivo  
Saint-Martin-de-Valgalgues  2007
Editions  Aigo Vivo
(éditions populaires)
chez Yves Gourgaud
56 avenue du 8 mai
30520  Saint-Martin-de-Valgalgues
























© Yves Gourgaud  2007
1. QU’EST-CE QU’UNE LANGUE ?

    On connaît ce trait de l’humour juif : à un ami goy qui lui demande pourquoi les Juifs répondent toujours aux questions qu’on leur pose par d’autres questions, le Juif répond : -« Et pourquoi pas ? »
    Si donc l’on se demande « Pourquoi parler de langue cévenole ? », la première réponse pourrait être aussi : « Et pourquoi pas ? » Les Cévenols, à vrai dire, disposent non pas d’une, mais de trois langues d’expression écrite : d’abord le français, bien sûr ; le provençal ensuite, la langue de Mistral ayant été pour certains Cévenols l’unique langue d’oc d’expression littéraire (on pense à des écrivains comme les Gardois André Chamson, Léontine Goirand, Elie Boudon et Clément Mazières, ou le Lozérien Léon Teissier) ; enfin, last but not least, le cévenol qui est la seule authentique langue des Cévenols, la seule qu’ils tiennent directement de leurs aïeux, lesquels l’ont créée à partir du Latin, sans l’aide de personne et génération après génération.
    Le premier à avoir clairement affirmé l’existence d’une Langue Cévenole est Marius Dumas, de Saint-Jean-de-Serres (canton de Lédignan), dans une chanson écrite le 14 avril 1878, qui devrait être l’hymne cévenol par excellence et qui s’intitule justement : Cansou de la Lengo Cevenolo (texte publié dans notre anthologie de cet auteur, aux mêmes éditions) ; dans les toutes récentes affirmations de l’existence d’une Langue Cévenole, on notera, accompagnant chaque numéro de la superbe revue trimestrielle L’élan des Cévennes, que la charte de l’Association pour la Diffusion de l’Identité Cévenole (ADIC) déclare vouloir « préserver la langue cévenole » : l’idée qu’il existe en Cévennes un système linguistique original ne date donc pas d’hier, et elle reste aujourd’hui d’actualité.
    Certains pourraient trouver extraordinaire qu’une langue à part entière puisse exister sur un si petit territoire; mais il existe bien d’autres langues, en Europe et ailleurs dans le monde, qui vivent fort bien avec un territoire et un nombre de locuteurs qu’on peut considérer comme restreint : c’est le cas de la langue corse en France, et de toutes les langues d’oïl qui viennent d’être reconnues et classées officiellement comme langues à part entière (le gallo, le berrichon, le poitevin, le morvandiau, etc.). En Espagne, on peut citer la langue aragonaise  et la langue asturienne ; en Suisse, la langue romanche, quatrième langue officielle de la Confédération, concerne une communauté de 40.000 personnes. Et dans la Communauté Européenne, la langue irlandaise et la langue luxembourgeoise sont langues nationales, la dernière citée l’étant depuis fort peu de temps.
    Il existe un courant de pensée (l’occitanisme) qui tient pour indiscutable que le cévenol n’est pas une langue : ce serait un dialecte -et même un sous-dialecte- de la grande Langue Occitane, qui irait « des Alpes aux Pyrénées ». La langue cévenole ne serait qu’une partie du sous-dialecte « languedocien oriental », le languedocien étant un des six grands dialectes de la langue occitane .
Nous ne partageons certainement pas ce point de vue : dire à la population cévenole qu’elle parle un « sous-dialecte », c’est la subordonner à une hiérarchie qui a été établie ailleurs qu’en Cévennes, en dehors d’elle et évidemment sans son consentement. Par ailleurs, il n’est pas difficile de comprendre  que le terme « sous-dialecte » fait vite penser à « parler inférieur », et donc à « sous-hommes »…
Notre propre sentiment est bien différent : les Cévenols forment un peuple qui, au cours des siècles, s’est forgé, outre un destin collectif fort riche et fort original, une langue tout aussi riche et originale, leur propre langue que nous appelons tout naturellement « Langue Cévenole ».
    Contre l’idée de « langue cévenole », on pourrait aussi objecter qu’il n’y a aucune unité profonde entre les patois cévenols.  C’est vrai que nos parlers peuvent différer assez sensiblement d’une région à l’autre, mais s’ils sont trop divers entre eux pour former une « langue cévenole », alors on voit vraiment mal comment ils pourraient constituer une « langue  occitane » avec des parlers infiniment plus disparates, ceux de Gascogne, d’Auvergne ou du Comté de Nice… L’objection, on le voit, se retourne contre l’idée de « langue occitane » bien plus que contre l’idée de « langue cévenole »
    Autre argument souvent avancé : multiplier les Langues d’Oc, ce serait diviser les forces contre l’ennemi commun, ce monstre froid que serait « l’Etat Français », qui nous ferait crever par son jacobinisme outrancier, par son centralisme qui étoufferait les forces vives des régions… Deux réponses à cet argument : d’abord, si on faisait quelques enquêtes en Cévennes, on verrait bien vite que les Cévenols sont loin de considérer l’ « Etat français » comme un ennemi farouche et irréductible ! On le critique, certes, mais comme partout ailleurs en Europe et dans le monde : les populations cévenoles, volontiers « réboussières » n’apprécient pas toujours que les pouvoirs publics puissent prendre sans concertation des décisions qui les concernent, et les maires des communes, tout autant que les chefs d’Etat, subissent à l’occasion les critiques des administrés.
Notre deuxième remarque sera de simple bon sens : comment pourrait-on combattre le « centralisme français » en construisant une « Occitanie » qui serait tout aussi centralisée, avec le « languedocien central » comme langue directrice, ledit dialecte étant baptisé « occitan standard » ou « langue de référence » ? Au « il n’est bon bec que de Paris », faudrait-il substituer un « il n’est bon bec que de Toulouse » (si on est un peu loin des Cévennes) ou un « il n’est bon bec que de Montpellier » si on vit dans la région Languedoc-Roussillon ?
    Nous posons la question : qui a décidé que les Cévenols (entre autres populations concernées) devaient se plier aux directives linguistiques et culturelles de Toulouse ou de Montpellier ? Qui a décidé que le cévenol n’est qu’un « sous-dialecte » et que le centre, la capitale qui donne le bon ton en matière de langue, serait Toulouse et pas Alès? Qui a décidé que la langue des Cévenols devrait s’écrire selon une graphie moyenâgeuse qui est bien compliquée et qui ne nous concerne guère, les troubadours cévenols n’ayant pas (ou si peu) laissé de traces dans notre littérature ?  
« L’occitan, c’est notre langue ! », entend-on aussi, « il faut la défendre tous ensemble car l’union fait la force ! ». Mais pour nous, ce qui fait la force, ce n’est sûrement pas l’ anschluss, l’union forcée de populations dont on nie la personnalité et l’individualité : c’est au contraire la libre alliance de langues qui, petites ou grandes, sont libres d’exister chez elles selon des modalités qui leur sont propres.
Nous croyons donc qu’il existe, non pas UNE langue occitane (qu’elle soit appelée « occitan » ou « langue d’oc » ne change rien au problème), mais DES langues d’oc, chacune ayant sa propre personnalité et l’écriture autonome qui correspond à cette personnalité.
Nous ne sommes pas seuls à affirmer ce pluralisme des langues d’oc : en Auvergne avec le professeur Pierre Bonnaud, plus récemment en Gascogne avec le linguiste Jean Lafitte, en Provence avec le très puissant et pluraliste Collectif Prouvènço ou la revue Li Nouvello de Prouvènço (dont le directeur Jean-Claude Roux est aussi écrivain cévenol, cf. plus bas) et jusque dans le Comté de Nice, on affirme de plus en plus clairement cette pluralité linguistique. Et ceux qui nous disent que le pluriel « les langues d’oc » c’est l’affaiblissement du combat commun, devraient réfléchir à ces faits, récents et indiscutables : l’autonomie déclarée des langues provençale, gasconne et nissarde a donné lieu à signature de protocoles de coopération culturelle :  la pluralité des langues d’oc a donc renforcé l’estime mutuelle et la coopération, alors que l’impérialisme languedocien (il faut rappeler qu’Occitania est le nom latin officiel du Languedoc et de lui seul jusqu’à la Révolution) s’est heurté et se heurtera à de vives et justes résistances de la part de populations qui ne voient aucune raison de confier leur destin culturel à Toulouse ou Montpellier.

    Les Cévenols, pour qui « résistance » et « pluralisme » ne sont pas de vains mots, sont invités à rester eux-mêmes, avec leurs paysages, leur histoire, leur culture matérielle et leur langue, ces quatre éléments qui ont forgé l’âme des Cévennes.

    On remarquera par ailleurs que l’idée qu’on se fait de la réalité « langue » a bien évolué avec l’avancée des idées démocratiques : autrefois, on laissait aux linguistes le soin de décider, et eux seuls, de ce qui serait « langue » et de ce qui ne serait que « dialecte » ou « sous-dialecte »… Aujourd’hui, avec les progrès de la sociolinguistique, on est arrivé à des conceptions bien différentes, en particulier quand on parle de langues qui, comme le cévenol, n’ont pas de structure officielle étatique pour les définir et les soutenir. Prenons le cas de la Langue Corse, qui pendant très longtemps a été niée : les linguistes en chambre voulaient en faire un simple « dialecte italien ». Or dans les années 1980, c’est un sociolinguiste, le professeur J.B. Marcellesi, qui à partir de sa connaissance du domaine corse va proposer de définir certaines langues en tenant compte, avant toute chose, du sentiment des populations concernées : peu importent les différences d’une région à l’autre, si les populations ont le sentiment de parler une même langue . Et J.B. Marcellesi avance l’idée, très féconde en ce qui nous concerne, de LANGUE POLYNOMIQUE, langue « dont l’existence est fondée sur la décision massive de ceux qui la parlent de lui donner un nom particulier et de la déclarer autonome des autres langues reconnues. ». Cette définition affirme clairement qu’une langue existe si (et seulement si) la population concernée le veut. Si donc les Cévenols veulent et affirment qu’il existe une Langue Cévenole, alors c’est que la Langue Cévenole existe réellement.
        On voit à quel point cette nouvelle vision des langues s’oppose à l’ancienne vision centralisatrice et uniformisatrice (celle que veut imposer un certain occitanisme militant, heureusement très minoritaire), et nous pouvons en Cévennes reprendre point par point le contenu de la désormais historique « Déclaration de Briançon pour le respect de la diversité de la langue provençale », déclaration signée le 21 septembre 2002 :
    « Nous avons décidé de déclarer officiellement :
    ¤ que notre langue … est une langue polynomique,
    ¤ que chacune de ses variétés est l’expression de la langue … sur son aire géographique et dans la société,
    ¤ que la pleine dignité donnée ainsi à chaque variété de la langue … confirme qu’il n’y a aucune hiérarchie entre ces variétés. »
    Dans cette citation, les points de suspension remplacent le mot « provençale » : les Cévenols n’auront qu’à y mettre le mot « cévenole » pour avoir une déclaration qui affirmera clairement et fortement que la Langue Cévenole est formée de toutes les variétés qui se parlent sur le territoire cévenol.
   













2. LE PAYS DE LA LANGUE CÉVENOLE

2.1. Ses caractéristiques

    Ecoutons d’abord le grand spécialiste des Cévennes qu’est Jean-Noël Pelen :

    «  Cette beauté /des Cévennes/ était double. Elle était celle, immédiate, qui enchante l’œil : vallonnement des serres qui, depuis les crêtes cévenoles, semblent s’étendre à l’infini sous des cieux hors du temps, miroitement grisé ou bleuté des schistes glissant dans les combes, rougeoiement automnal des châtaigniers…
    Elle était celle, surtout, qui enchante l’âme, et qui ressort du « nourrissement » continu de ce pays par l’histoire et par l’homme : ces schistes qui brillaient recouvraient un séchoir à châtaignes, ce ciel pommelé résonnait du chant des psaumes, cette châtaigneraie (dont on disait que le bois aime le fer, le travail de l’homme)  avait mille ans de mémoire. »
(Le conte populaire en Cévennes, Payot 1994, page 13)
   
Cette terre cévenole, toujours selon J.N. Pelen, « offre une unité indiscutable, par l’association de la géographie, de l’économie, de la culture et de l’histoire » (idem, page 23). Des paysages typiques ; des activités économiques traditionnelles bien caractérisées (comme la culture de la châtaigne), une histoire fortement originale (il suffit de penser à la guerre contre les Camisards) et enfin une culture cévenole dans laquelle, c’est une évidence, la langue tient une place prépondérante comme marqueur d’individualité : voilà les quatre éléments qui définissent au mieux la personnalité cévenole, et qu’on ne retrouvera évidemment ni à Toulouse ni à Montpellier… Qui veut s’imprégner de cette personnalité si forte et si attachante n’a qu’à visiter l’admirable musée de Daniel Travier à Saint-Jean-du-Gard.

    1. Ses limites

Le cœur du Pays Cévenol tel que le délimite J.N. Pelen dessine en gros un quadrilatère qui inclut au nord Le Bleymard, Villefort, Malons et Les Vans ; à l’est St-Paul-le-Jeune, St-Ambroix, Salindres, Alès et Vézénobres ; au sud, Lédignan, St-Hippolyte-du-Fort, Ganges, Le Vigan et Alzon ; à l’ouest enfin, St-Jean-du-Bruel, Meyrueis, Florac, Ispagnac et Montmirat. L’essentiel du territoire se trouve à cheval entre Gard et Lozère, mais des portions de l’Hérault, de l’Aveyron et de l’Ardèche sont aussi cévenoles, car au-delà de cette « Cévenne des Cévennes » que l’on vient de délimiter, il existe d’autres Cévennes, en particulier en Ardèche…
    Il faut insister sur le caractère réel de ce pays : dessiné par des Cévenols, il est composé des terres où les gens se sentent et se disent Cévenols.

3. LA  LANGUE  CÉVENOLE

    Nous avons dit plus haut que la Langue Cévenole , c’est l’ensemble des parlers réels (certains les appellent « patois », et il faut accepter le mot chaque fois qu’il valorise la langue concrète ; il faut par contre le combattre s’il sert à dénigrer notre culture populaire). Est-ce que cela suffit pour constituer une langue au sens le plus courant ? Dans l’esprit de tout un chacun, « une langue » c’est non seulement une façon de parler, mais aussi une façon d’écrire (donc une graphie). Une « langue », ça possède aussi des règles qui sont données dans une « grammaire », des mots qui sont donnés dans un « dictionnaire », et surtout une « littérature » qui fait circuler, tout en les magnifiant, les mots et les règles de la langue.
    Les Cévenols ont-ils tout cela ? Faisons un rapide inventaire des instruments concrets de la langue.

3.1. La grammaire cévenole

    Il n’existe pas, sur le marché, d’ouvrage qui porte ce titre, mais on trouve des éléments de grammaire cévenole dans la Grammaire provençale de Savinian (rééditée par les éditions CPM en 1978), pages 87 à 102. Dans une vision toute félibréenne, qui ressemble comme une sœur jumelle à la vision occitaniste, le cévenol y est traité de « sous-dialecte »… Mais le fait qu’il n’existe pas d’ouvrage intitulé « Grammaire cévenole » ne doit pas laisser entendre que la grammaire cévenole n’existe pas ! On la voit très nettement d’une part dans les textes cévenols, et d’autre part dans les ouvrages qui décrivent la vraie langue, comme les Atlas Linguistiques de la région (cf. plus bas).
    Il nous faudrait, écrite simplement, une Grammaire de la Langue Cévenole qui décrive au moins la langue littéraire; son élaboration devrait accompagner celle du Dictionnaire de la langue.

3.2. Le dictionnaire cévenol
    C’est une de nos fiertés : un ouvrage existe depuis 1756, sous le titre quelque peu vague de « Dictionnaire Languedocien-Français » de l’Alésien Boissier de Sauvages. Dans son Discours préliminaire, l’auteur donne deux précisions importantes : d’abord son dictionnaire ne contient que les mots d’une ville du Bas-Languedoc et d’une ville des Cévennes (Alès) ; ensuite, et c’est important pour nous, le « Languedocien » du dictionnaire est donné comme une LANGUE au même titre que « le François, l’Italien ou l’Espagnol »
    Tout au long du temps, ce dictionnaire fut repris, amplifié, amélioré ; il fut exploité par Mistral pour composer son énorme Tresor dóu Felibrige, lequel Tresor peut aussi passer pour un dictionnaire de la langue cévenole (nous y reviendrons plus bas, en parlant de notre littérature)
    Bien sûr, il resterait à établir, dans une forme moderne, un Dictionnaire Cévenol-Français digne de ce nom, comme il existe des dictionnaires du gascon, de l’auvergnat ou du nissard. Dans nostre esprit, un tel dictionnaire serait à la fois celui de la Langue Cévenole Littéraire (par dépouillement systématique de la littérature cévenole, depuis La Fare-Alais jusqu’aux écrivains d’aujourd’hui), et celui de la Langue Populaire telle qu’elle apparaît d’une part dans la tradition (contes, chansons, etc.) et d’autre part dans cet irremplaçable instrument qu’est l’Atlas Linguistique du Languedoc Oriental, qui a d’ailleurs été mené à bien par des occitanistes, ainsi que dans l’autre Atlas des Cévennes, celui du Massif Central. Voici des  parlers cévenols qui sont décrits dans ces deux Atlas (vocabulaire et grammaire) :
    en Lozère : Prévenchères, Fraissinet-de-Lozère, Meyrueis (ALMC pts 34, 37 et 39), Le Pont-de-Montvert, Barre-des-Cévennes et St-Germain-de-Calberte (ALLOr pts 48-01, 02, 03)
    dans le Gard : Génolhac, St-Brès, Laval-Pradel, Camprieu, St-André-de-Valborgne, Saint-Jean-du-Gard, Monteils, Avèze, Lézan et St-Hippolyte-du-Fort (ALLOr pts 30-01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09 et 20)
    en Ardèche : Laurac (ALMC pt 35), Gravières, St-Montan, Beaulieu et Orgnac-l’Aven (ALLo pts 07-01, 02, 03, 04)
3.3. La littérature et la graphie de la langue cévenole

    La littérature est, à vrai dire, l’élément essentiel de la conservation et de la reconquête d’une langue : si elle n’est pas cultivée littérairement, une langue va immanquablement s’affaiblir, voire disparaître. Au contraire, une tradition écrite établie est la preuve de la dignité de la langue en question ; la littérature constitue, aux yeux de tout observateur étranger, la preuve tangible de l’existence même de la langue. A partir de la littérature (à condition que, dans son expression, elle ne s’éloigne pas trop de la langue parlée), la reconquête devient très facile : à partir des textes, on peut établir une grammaire et un dictionnaire. C’est aussi la littérature qui doit inspirer l’orthographe de la langue, comme le disait très clairement Frédéric Mistral, Prix  Nobel de Littérature en Langue Provençale :

    « Il faut laisser le triomphe de la meilleure orthographe à l’intelligence des meilleurs écrivains de la langue, dont l’intérêt est d’être lu et compris de tous… »

    Et nous voici au cœur du problème : où sont les « meilleurs écrivains cévenols », et comment écrivent-ils ? La réponse nous semble sans appel : depuis Arnavielle et ses Cants de l’Aubo en 1868 jusqu’à l’écrivain contemporain Jean-Claude Roux qui publie des chroniques dans Cévennes Magazine, au bas mot 80% de la production littéraire en langue cévenole s’est faite dans la graphie cévenole inspirée de celle de Mistral : dans une précédente étude sur la littérature alésienne au sens strict (pour les seules communes d’Alès, St-Martin et St-Julien), nous avons pu établir la liste d’une quarantaine d’ouvrages publiés (éditions et rééditions) dans cette graphie, entre 1868 et 2006 ! Et on ne doit pas oublier que d’autres ouvrages ont été publiés dans cette même graphie, mais en langue provençale : ajoutez une quinzaine de publications, toujours sans sortir de l’agglomération alésienne !
    S’agit-il de petits opuscules, de productions dont la maigreur trahit le plus souvent le manque de souffle et d’ambition ? Qu’on en juge :
    1868 : Lous Cants de l’Aubo : près de 300 pages de poèmes avec leur traduction, soit 150 pages de langue cévenole (et plus de 170 pages dans l’édition définitive de 1928)
    1873 : Volo-Biòu : poème de plus de 60 pages
    1878 : La fièiro de Chambourigaud : poème de 55 pages (réédité tel quel en 1992)
    1882 : Lou capelet nouviau de la Felibresso d’Areno : recueil collectif de plus de 110 pages de poèmes écrits à l’occasion du mariage de Léontine Goirand, langues provençale et cévenole
    1893 : Las Cevenolos : près de 350 pages de poèmes en langue cévenole 
    1919 : Grumos e rires dins lou sang : 300 pages de textes (surtout proses)
    1919 : La mielado : 300 pages de textes (surtout proses)
    1920 : Vitourino : près de 240 pages d’un récit en prose rythmée
    1930 : E zóu ! Tabò ! : près de 400 pages (grand format) d’un récit autobiographique 
    1932 : Las Raiolos : plus de 160 pages de poésies
    1934 : Lou Barbiè de Sauzet, la Calandro de Basco : 2 pièces de théâtre qui font une soixantaine de pages en langue cévenole.

    Nous espérons que la démonstration est faite aux yeux des sceptiques ; quant à ceux qui, adversaires de Mistral et de la graphie cévenole classique, voudraient imposer leur graphie avant leur littérature, il leur est simplement demandé de bien vouloir nous présenter leurs propres oeuvres, afin que les Cévenols  puissent comparer et la qualité et la quantité…

3.4. La graphie classique de la langue cévenole

C’est bien sûr une grande chance que d’avoir eu, dès 1868, un auteur de la trempe d’Arnavielle et une œuvre de l’ampleur des Cants de l’Aubo pour installer en Cévennes une écriture à la fois traditionnelle et moderne. Ecriture moderne parce qu’elle part de la langue actuelle, et pas de la vieille langue des troubadours (auteurs que personne ne lit, parce qu’il n’y a pas grand monde pour les comprendre). Ecriture traditionnelle, puisque c’est Mistral qui l’a inspirée et a fourni le premier modèle. Or Mistral, n’en déplaise aux occitanistes, avait lu les Troubadours et avait donc établi un système graphique s’inspirant de cette tradition. Voici quelques unes des grandes innovations (par rapport aux graphies patoisantes) que Mistral a imposées en s’appuyant sur les Troubadours, innovations que les occitanistes, bien plus tard, n’ont fait que copier :

  • pas de H- en début de mot
  • pas de consonnes redoublées, sauf rares exceptions (en Cévenol : R, S et N)
  • notation (ò) dans le digraphe (òu)
  • notations (au, eu, iu, etc…) au lieu de (aou, eou, etc.)
  • système d’accentuation écrite cohérent et systématique
  • emploi de lettres étymologiques pour distinguer des homophones (quant/cant/quand/camp, etc.)
  • notation simple et systématique des nasales : (an, en, in, on, oun, un)
  • non usage des lettres K, W, X et Y pour l’écriture des vrais mots cévenols

3.5. Quelques règles de base

1. Les mots terminés en –E, -ES, -O et –OS sont accentués (à l’oral) sur l’avant-dernière syllabe ; tous les autres mots sont accentués sur la dernière syllabe, comme en français ; tous les mots qui font exception doivent porter un accent écrit qui montre où se trouve la voyelle tonique (accentuée à l’oral)
        ex. : cante, dises, parlo, Cevenos (je chante, tu dis, il parle, Cévennes) : c’est l’avant-dernière voyelle qui est tonique
        canta, aqui, Gardou, vengu, abat, proutestant (chanter, ici, le Gardon, venu, abbé, protestant) : c’est la dernière voyelle qui est tonique
        gàrdou, venguè, Alès, acò (ils gardent, il vint, Alès, ça): c’est la voyelle avec accent écrit qui est tonique
On le voit, cette écriture permet de distinguer facilement « Gardou » de « gàrdou »

2. Lorsqu’ils suivent une voyelle, U et I ont un son court (on les appelle alors semi-voyelles ou semi-consonnes) et se prononcent comme le OU bref du français « ouate » et le ILL du français « paille »
    ex. : vau (je vais), nèu (neige), riu (rivière), plòu (il pleut), vai (il va), rei (roi), etc. Même chose pour (i) lorsqu’il précède une autre voyelle : fièio (feuille) se prononce donc « fyèyo »

3. En fin de mot, les consonnes écrites sont généralement prononcées : amar (amer), mar (mer) mais : ama (aimer) ; lous ome (les hommes, parler d’Alès) mais : lous omes (Cévennes occidentales et méridionales)
   
    Résumons ici les principaux avantages que nous offre l’écriture classique de la langue cévenole :

  1. elle est celle de l’écrasante majorité des œuvres littéraires cévenoles
  2. elle est simple à l’écriture et surtout à la lecture
  3. elle est très souple et permet de noter le maximum de nuances de la langue
  4. elle permet une ouverture facile à la lecture des deux systèmes voisins, le mistralien provençal et l’occitan languedocien.




3.6. La littérature classique cévenole : extraits
(on trouvera d’autres textes classiques cévenols dans les autres ouvrages de notre collection « Rousau »)

  1. Arnavielle : Lous cants de l’Aubo, 1868

Disièi quand dins toun amo à la miéuno drouvido
        Me laissaves bèure l’amour :
-« S’un cop m’aimaves plus, s’amoussariè ma vido ! »
        Ai ! las ! deviè rèstre aquel jour !

  1. Aberlenc : Las Cevenolos, 1893

    Mè se fai tard, car la campano
    Fai saupre à toutes qu’es miejour,
    E vese Jan embé sa Jano
    Que van metre lou pan au four.

  1. Jan Castagno : E zóu ! Tabò !, 1930

    Tout lou sanclame de las sèt lunos qu’ai messos per fabrega moun rouman « E zóu Tabò ! » ma fenno a pas arresta de me critica, de me secuta, de me descouraja :
    - E de qu’escrives aqui ? Cinc cents pajos sus un paure sujet. Quau vos que legigue embé interès de tarabastèris tant prims, tant coumuns ?

  1. Jan-Glaude Roux : Tabò !, 2002

    Aquest an, au mes de juliet, se counmemourara lou 300en anniversari d’un evenimen qu’ ensaunousiguè prou nostros Cevenos : la Guerro das Camisards. Quouro erian pichot, nautres, lous raïoulets, Camisard, Maquisard, toutes aqueles noums qu’emplegavou lous grands, avièu la mèmo significaciéu : aqueles mots èrou pasta de « Resisténcio »
3.7. Et la littérature patoisante ?
    Les écritures dites « patoisantes » ont engendré des chefs-d’œuvres, à commencer par Las Castagnados de La Fare-Alais qui initient notre littérature moderne ; si on veut les rendre plus lisibles (car les graphies de l’école de La Fare sont plutôt lourdes, surchargées qu’elles sont d’accents et de lettres parasites), on pourra les transposer facilement dans la graphie classique cévenole, qui (on a vu que c’est une de ses éminentes qualités) respecte absolument toutes les nuances de la Langue Cévenole. Voici un exemple pour le parler d’Alès : nous l’ avons choisi parce qu’un occitaniste (Georges Péladan, de Nîmes) a publié le texte dans une graphie occitane que nous donnons aussi, afin que le lecteur puisse établir la comparaison des écritures classique et occitane du Cévenol, tant du point de vue de la lisibilité que de la fidélité à la langue réelle.

La Fare-Alais : Lou Gripé, 1841            diacr. : 15
Quand sus la fi dé la véïado,            (é, é, ï)
De la coumpagno estrasuïado            (ï)
Lou pichot home clâousis l’iel,            (â)
Quand l’aguialas lou casso-nieïro        (ï)
Faï ressounti la chéminieïro,            (ï, é, ï)
Quand lou pu jouïne et lou pu viel        (ï)
Sé sarou pu près de la braso            (é, è)
Qu’à bèles pâous panlis, s’escraso…        (à, è, â)

        Occitan :                        diacr. : 11
        Quand, sus la fin de la velhada
        De la companhiá estransuelhada    (á)
        Lou  pichòt-òme clausís l’uelh ;    (ò, ò, í)
        Quand l’aigalàs, lo caça-nièra        (à, è)
        Fai ressontir la cheminhièra ;        (è)
        Quand lo pus joine e lo pus vièlh    (è)
        Se sarran pus près de la brasa    (è)
        Qu’a bèlis paucs, panlís, s’escrasa…    (è, í)

Cévenol classique :                    diacr. : 6
Quand, sus la fi de la veiado,
De la coumpagno estrasuiado
Lou pichot ome clausis l’iel;
Quand l’aguialas lou casso-nièiro        (è)
Fai ressounti la cheminièiro,            (è)
Quand lou pu jouine e lou pu viel
Se sàrrou pu près de la braso            (à, è)
Qu’à bèles pau panlis, s’escraso…        (à, è)

Total des signes diacritiques :
        Graphie patoise        15     (ï, é, è, â, à)

        Graphie occitane        11      (à, á, è, í, ò)

        Graphie classique        6       (à, è)

En résultats absolus, la graphie classique est à la fois la plus économique en signes diacritiques, et la plus simple : en effet, elle n’aligne que 2 signes différents, contre 5 pour l’occitane et la patoise. On remarquera par ailleurs que l’occitan confond allègrement les (è) et les (é), ce qui change évidemment la prononciation et donne des rimes incorrectes, comme « uelh » avec « vièlh » ! Pour les changements incessants de prononciations avec la graphie occitane, on notera aussi : (companhiá) qui se lit (coumpagnò) ou (coumpagné) mais sûrement pas (coumpagno) comme dans le texte de La Fare ! Pareil avec tous les mots écrits en italique dans le texte occitan : aucune règle de cette écriture ne permet d’y retrouver le parler cévenol (preuve et de la faiblesse de la graphie occitane, et de la médiocrité du transcripteur). Sur les 8 vers de notre exemple, la prononciation cévenole typique a été trahie 7 fois par la graphie occitane, ce qui apparaît comme tout à fait abusif…





4. LE PAYS D’ALÈS
4.1. Sa littérature et sa langue

    C’est dans cette région cévenole que l’on trouve, et de très loin, la littérature la plus abondante (cf. plus haut) ; c’est aussi là qu’a eu lieu la restauration de la langue, au XIXe siècle, avec le travail de deux précurseurs dont il convient de saluer la mémoire et les œuvres (leurs portraits sont en couverture) :
    La Fare-Alais, de Saint-Martin-de-Valgalgues, fut le premier poète à faire connaître notre langue en dehors des Cévennes ; il accompagna son œuvre d’un glossaire des termes cévenols les plus originaux, ce qui est une aide précieuse pour tous les amoureux de la langue cévenole.
    Albert Arnavielle, d’Alès, fut le premier à introduire en Cévennes, dès les années 1860, la réforme graphique du génial Frédéric Mistral, Prix Nobel de Littérature pour son œuvre en langue provençale. Et au lieu de se contenter d’affirmer sans démonstration la supériorité de cette écriture, il publia très tôt (en 1868, il n’avait que 24 ans !) ses Cants de l’Aubo qui ont joué en Cévennes le même rôle que Mirèio en Provence ; il lança aussi, entre 1874 et 1878, l’équivalent de l’ Armana Prouvençau pour les Cévennes : d’abord intitulé Armagna Cevenòu puis Armana de Lengadò , ce recueil de littérature populaire servit à la fois à faire connaître de nouveaux écrivains et de nouveaux textes, et à populariser la graphie cévenole d’Arnavielle, qui devint ainsi la graphie classique de notre langue, celle qu’il convient de connaître, de pratiquer et d’enseigner.
    Que La Fare et Arnavielle aient fait connaître et aimer notre langue hors des Cévennes, c’est une réalité qu’atteste l’énorme dictionnaire de F. Mistral, lou Tresor dóu Felibrige. Voici la liste des auteurs cévenols qui y figurent, avec entre parenthèses le nombre de citations littéraires pour chacun d’entre eux :
  1. La Fare-Alais (715 citations !!)
  2. Arnavielle (537 !!)
  3. Gaussen (127)
  4. Félix (124)
  5. Lacroix (54)
  6. Aberlenc (37)
  7. Leyris (29)
  8. Charvet (21)
  9. Goirand (19)
  10. Faure (12)
  11. Couret (9)
  12. Dumas (8)
  13. Gleize (6)
  14. D’Hombres (3)
  15. Pascal  /noté par erreur « Archambaud »/  (2)
  16. Chalmeton (2)
    On peut se demander pourquoi la région d’Alès a connu un tel développement linguistique et littéraire ? C’est sans aucun doute parce qu’en Alésenque, bien plus que partout ailleurs en Cévennes, la Langue Cévenole est bien particularisée et qu’elle n’y ressemble ni au provençal ni au languedocien. La langue cévenole alésenque (on nous permettra ce néologisme qui permet d’opposer ce qui est « alésien » c’est-à-dire de la ville d’Alès, et ce qui est « alésenc », c’est-à-dire du Pays d’Alès, ce Pays pouvant en gros se confondre avec les cantons de l’Arrondissement d’Alès), la langue alésenque, donc, se distingue de sa voisine languedocienne par de nombreuses caractéristiques :
  • l’alésenc a conservé le phonème /v/, comme le provençal, alors que les Languedociens l’ont transformé en /b/ et confondent donc allègrement « uno boto » et « uno voto » (une botte et une fête votive), ou les verbes « abali » et « avali », l’un étant le contraire de l’autre : « élever » et « précipiter dans un gouffre » ! Un Alésenc boit du « vi(n) », comme les Provençaux, et pas du « bi » comme les Languedociens…

  • l’alésenc conjugue en –è- ce que le languedocien conjugue en –o- : pour dire « il avait », le languedocien dira « abiò » alors que l’alésenc dit « aviè » (et le provençal « avié »)

  • dans le même ordre d’harmonie vocalique, l’alésenc parlera plus volontiers en -e- là où le languedocien parle en -o- : « uno fièio » et non « uno fiòio » (une feuille), « liuen » ou « iuen » et non « lion », « liuon » (loin), « un iel » et pas « un iol » (un œil), etc.

  • pour dire « il faut » (verbe très employé), on dit, en alésenc comme en provençal « fau », alors que les Languedociens diront « cal »

  • la conjugaison est particulière, avec par exemple des formes courtes du passé simple : « aguèn, aguès » (nous eûmes, vous eûtes) là où les Provençaux et les Languedociens ont des formes longues en –er- : « aguerian, aguerias » (provençal) et « aguèren, aguères, etc. » (languedocien)

  • le vocabulaire alésenc a développé aussi des formes typiques comme « tus » (tu, toi), « sourel » (soleil), « suito » (chouette), là où le languedocien dit « tu », « soulel » et « choto »

  • comme en provençal, une bonne partie de l’Alésenque ne prononce pas les –s du pluriel, contrairement au languedocien.

Nous pourrions allonger à loisir cette liste, mais la démonstration est faite que le Cévenol, dans sa spécificité alésenque, ne peut être assimilé à du languedocien et doit être considéré comme un groupe à part, peut-être plus proche du provençal que du languedocien, mais avec des particularités qui permettent de le reconnaître immédiatement à la lecture (graphie classique) comme à l’audition. En bref, le Cévenol a toutes les qualités requises pour être considéré comme une langue à part entière, surtout vis-à-vis du languedoccitan qui cherche depuis toujours à l’assimiler et à le réduire à l’état de « sous-dialecte » avant de l’anéantir en le noyant dans un « occitan central » baptisé « occitan standard » ou « occitan de référence » par les occitanistes.

    1. L’occitanisme contre la langue

    Pour mieux nier la spécificité cévenole, lesdits occitanistes usent d’un stratagème qui s’est révélé jusqu’ici assez efficace, par manque de réaction de la part des défenseurs du Cévenol : en utilisant une graphie « englobante », ils effacent purement et simplement toutes les particularités du Cévenol, et le réécrivent à la mode occitane-languedocienne ! C’est ainsi que « aviè » sera réécrit « aviá », « sourel » deviendra « solelh », « fièio » va devenir « fuelha », « pàrlou » sera « parlan », etc., etc.
    Cette transformation des mots cévenols, déjà scandaleuse en elle-même, se double d’un racisme pas toujours voilé : voilà par exemple ce que dit un ouvrage pédagogique (destiné aux collégiens et lycéens) de l’Institut d’Estudis Occitans, à propos du mot cévenol « suito » employé par La Fare-Alais :
    « Vulgarismes. – Les vulgarismes sont, pour la plupart, des déformations de mots occitans corrects. « Suita » est une déformation de chòta, « chouette ». Revenez à chòta. Revenez également à ont, connu de tous les parlers et bien meilleur que « onte »
    (De la langue au pays, IEO, Toulouse 1951, page 62)

    Si on ajoute que cette « langue occitane » et sa graphie ont eu comme penseur et promoteur un hitlérien condamné comme tel à la Libération (prison et indignité nationale à vie), on ne s’étonnera plus du racisme qui transpire dans la citation « pédagogique » qu’on vient de lire…
    Vu de Toulouse, le cévenol n’est qu’un sous-dialecte « vulgaire », « incorrect », « déformé », que les occitanistes veulent transformer au plus vite pour en faire une langue « bien meilleure », celle de Toulouse évidemment…

4.3. Pour un Collectif Cevenos

    Si les Cévenols ne souhaitent pas voir leur langue et leur littérature niées et défigurées par l’occitan-languedocien et ses sbires locaux, ils doivent affirmer avec calme mais détermination :

    1) qu’ils ont une Langue qui leur est propre, qui n’est ni du languedocien ni du provençal et qu’on doit appeler « Langue Cévenole », comme l’a fait Marius Dumas au XIXe siècle et comme l’affirme L’Elan des Cévennes au XXIe siècle ;
    2) que cette Langue a été illustrée par des milliers de pages de littérature écrites dans une graphie qui n’est pas la graphie « occitane », mais la graphie classique du cévenol, établie par Arnavielle au XIXe siècle, à une époque où la graphie « occitane » n’existait même pas ;
    3) qu’en tout état de cause la graphie classique cévenole a été établie en Cévennes,  par des Cévenols qui connaissaient à fond leur langue : ce n’est évidemment pas le cas de la graphie « occitane », conçue en dehors des Cévennes, qu’on cherche à imposer aux Cévenols et qui en outre s’avère incapable de noter convenablement la Langue Cévenole.
4) que cette graphie classique est la seule à pouvoir donner à la Langue Cévenole toute sa dignité et toute son originalité, en conservant à l’écrit les particularités de la langue parlée ;
5) que cette graphie classique est la seule à pouvoir transmettre aux jeunes générations, par le biais de l’enseignement, la Langue Cévenole telle qu’elle a toujours été prononcée par le peuple cévenol, alors que la graphie « occitane », qui transforme la plupart des mots cévenols, ne peut qu’éloigner ces jeunes générations de leurs parents et grands-parents, en leur imposant une prononciation et des mots qui sont étrangers aux Cévennes.


Sur la base de cette déclaration et d’une volonté de défendre et de promouvoir notre Langue Cévenole, nous appelons les Cévenols à se regrouper dans un Collectif Cevenos qui rassemblera individus, associations et collectivités, à l’image du Collectif Prouvènço qui, aux antipodes de l’impérialisme et du jacobinisme occitans, est prêt à reconnaître et à aider notre autonomie linguistique et culturelle, comme il a déjà soutenu l’indépendance linguistique des Niçois et des Gascons. Nous croyons pouvoir affirmer que la revue Li Nouvello de Prouvènço, toujours attentive à ce qui se passe en Cévennes, approuvera notre initiative et s’en fera l’ écho.

L’amitié séculaire entre Provence et Cévennes, si fortement affirmée à l’époque de Mistral, se verra réaffirmée et renforcée sur des bases nouvelles, celles d’un partenariat démocratique : c’est la Liberté de nos langues qui les conduira à l’Egalité, et l’Egalité qui les mènera à la Fraternité.







Fait à Saint-Martin-de-Valgalgues,
patrie des deux grands écrivains de langue cévenole La Fare-Alais (1791-1846)
Jan Castagno (1859-1938)
(septembre 2007)
La collection  ROUSAU

présente des textes ou des études concernant la Rhodanie occidentale : Gard, Cévennes, Vivarais et Velay.

  1. Uganaud ! : textes d’Auguste Vire (de La Ciotat), d’André Couret (d’Alès) et d’Antoine Bigot (de Nîmes). Chaque texte est accompagné de sa traduction française.        6 euro                               
  2. Oumenage as carbouniès de l’Alesenco : textes d’André Couret (d’Alès), de Mathieu Lacroix (de la Grand Combe) et de Jan Castagno (de St-Martin-de-Valgalgues). Chaque texte est accompagné de sa traduction française.        6 euro                       
  3. La littérature d’oc dans les Cantons d’Alès : de 1841 à 1936, cette étude retrace l’aventure littéraire des grands écrivains d’Alès, Saint-Martin et Saint-Julien ainsi que de leurs trois écoles : l’alésienne, la cévenole et la provençale. Plusieurs annexes donnent, entre autres, la chronologie des livres publiés et les collaborations cévenoles du célèbre Armana Prouvençau de Mistral                    6 euro               
  4. Antoulougìo alesenco I (les Cantons d’Alès, 1841-1936) : pour compléter et illustrer l’étude ci-dessus, voici 20 textes de 15 auteurs du pays d’Alès, chacun étant présenté dans sa graphie d’origine et sans traduction française.         6 euro                       
  5. Cansou de la Lengo Cevenolo : six poèmes et un conte en prose de Marius Dumas, seul illustrateur de la Langue Cévenole du Canton de Lédignan. Ces textes rares des années 1870-1880 sont précédés d’une étude sur l’auteur et son œuvre.                                6   euro

  1. Défense et promotion de la Langue Cévenole : pour la première fois est affirmée sans ambiguïté l’existence d’une langue cévenole avec sa riche littérature et sa graphie classique, loin des manipulations occitanistes.        6   euro


Nos prix s’entendent franco de port.
Règlement par chèque à l’ordre de : Yves Gourgaud.
TABLE  DES  MATIÈRES


1. QU’EST-CE QU’UNE LANGUE ?            3

2. LE PAYS DE LA LANGUE CEVENOLE    9

    2.1. ses caractéristiques            9
    2.2. ses limites                    10

3. LA LANGUE CÉVENOLE                  10

    3.1. La grammaire cévenole        11
    3.2. Le dictionnaire cévenol        11
    3.3. La littérature et la graphie
            de la langue cévenole      12
    3.4. La graphie classique de la
            langue cévenole            14
    3.5. Quelques règles de base     15
    3.6. La littérature classique
            cévenole : extraits            17
    3.7. Et la littérature patoisante ?18

4. LE PAYS D’ALÈS                        20

    4.1. Sa littérature et sa langue    20
    4.2. L’occitan contre la langue   23

5. POUR UN COLLECTIF CEVENOS        24

L’AUTEUR


        Né en Velay, Yves Gourgaud a pendant une quinzaine d’années enseigné les langues romanes et la linguistique dans les Universités de Coimbra, Poznan et Lodz. Professeur certifié de Langue d’Oc, il enseigne actuellement le cévenol à Saint-Ambroix, Alès et Anduze.
            Ecrivain, il a d’abord publié en vellave occitanisé et en languedocien avant d’abandonner l’idéologie occitaniste ; il publie dès lors des textes en langue provençale, la langue cévenole étant son prochain objectif d’écriture.
        Il a créé à Saint-Martin-de-Valgalgues les éditions populaires Aigo Vivo, qui comptent à leur actif une trentaine de publications.


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Aqueste librihoun,
lou trento-e-dousen dis edicioun Aigo Vivo
e lou sieisen de la couleicioun Rousau
es esta estampa
pèr Alpha Numeric en Alès
lou 7 d’ óutobre de 2007