mercredi 13 janvier 2016

Marius  DUMAS

de Saint-Jean-de-Serres

CANSOU  DE  LA LENGO  CEVENOLO

et autres textes en Langue Cévenole du Canton de Lédignan (Gard)

choix et établissement des textes : Y. Gourgaud

Editions  Aigo Vivo

Saint-Martin-de-Valgalgues  2007

1

Les éditions AIGO VIVO (éditions populaires)

chez Yves Gourgaud, 56 avenue du 8 mai

30520  Saint-Martin-de-Valgalgues

© Yves Gourgaud 2007

Présentation

1. Un auteur peu et mal connu

Pour qui s’intéresse à la littérature  gardoise d’oc, l’ouvrage de référence reste celui  d’Ivan Gaussen : Poètes et prosateurs du Gard en Langue d’Oc (Les Belles Lettres, Paris 1962). A la page 65 il est ainsi fait mention de notre auteur :

DUMAS (Marius) de Saint-Jean-de-Serres. Pseud. : « Félibre de l’Eigagnau ». Disciple d’Arnavielle. Collaboration : « La Cigalo d’or » (1877), « Iòu de Pasco » (1883), « Armana de Lengadò » (1876), « Cantico à Nostro Damo de Primo Coumbo que canto lou pople de la Vaunage »

Précieuse par son existence même, cette notice, nous allons le voir, est incomplète et partiellement fausse.

Une autre référence incontournable pour notre culture d’oc : le monumental Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral, qui fut complété puis réalisé dans ces années 1870-80 qui sont celles de notre auteur. Pour retrouver la trace de Marius Dumas, il faut consulter la liste des écrivains cités par Mistral, telle qu’elle apparaît dans l’ouvrage de Marcelle d’Herde-Heiliger : F.Mistral et les écrivains occitans /sic/ dans le Tresor dóu Felibrige. A la page 126 de cet ouvrage, on lira la notice suivante :

« 285. DUMAS (Marius) 19e s.  M.DumasProvence. Né à Cavaillon (Vaucluse), 10.1.1787. Mort à ?. Collabore à Lou Brusc en 1881. 8 citations : adessa /sic, pour « adesa »/ ; desgrana ; escasençous ; mistouna ; nitounet ; tartanis-tartanas ; tristas ; trounc. »

Le contenu de ces citations (on les trouvera plus bas) ne laissent aucun doute : le Marius Dumas cité par Mistral n’est absolument pas le « provençal de Cavaillon » que donne cette notice, en l’occurrence hautement fantaisiste : en 1881, cet auteur aurait eu…94 ans ! Il s’agit bel et bien de notre Marius Dumas cévenol, qui se donne lui-même comme un jeune auteur en 1877 et qui signe plusieurs textes en indiquant « Saint-Jean-de-Serres » (voir notre anthologie).

D’importantes lacunes subsistent donc à propos de la bio-bibliographie de Marius Dumas : je ne suis pas actuellement en mesure de les combler toutes, mais je vais donner ici toutes les références établies, afin que d’autres chercheurs puissent reprendre et améliorer ce travail. Cependant, avant de s’attacher à l’œuvre de Marius Dumas, il ne sera pas inutile de justifier la présente édition et les recherchesfutures, en répondant à la question :  Marius Dumas, un auteur important ? La réponse sera : oui, bien sûr ! si on adopte la perspective qui est la mienne, à savoir que la Littérature cévenole est encore très mal connue, et que tout auteur doit être répertorié. Marius Dumas, écrivain d’expression cévenole, nous est d’autant plus précieux qu’il est le seul dans le Canton de Lédignan, si l’on excepte Marius Richard, né à Lézan en 1869, mort à Saint-Tropez en 1924, et qui aurait collaboré à La Cigalo d’or (revue de Montpellier) en 1891 (selon Ivan Gaussen).

Indice à mes yeux plus important que la simple rareté de l’espèce « auteur cévenol du pays de Lédignan » : le fait que Mistral ait cité Marius Dumas dans son Trésor du Félibrige montre sans contestation possible que le jeune écrivain n’est pas sans mérite. Voici d’ailleurs l’intégralité de ces huit citations :

1. ADESA : « Urous se pode un jour adesa jusqu’au bout »

2. DESGRANA : « Moun cor es coumo la mióugrano
Que s’entre-duerb e se desgrano »

3. ESCASENÇOUS : « O vièl escasençous, ta vido es un delice »

4. MISTOUNA :« Au grand sourel que l’amistouno »

5. NITOUNET : « Dins sa brèsso Lou nistounet sourris »

6. TARTANIS-TARTANAS : « Vous plugon lou paure droulas coumo se jougavon à tartanis-tartanas »

7. TRISTAS : « M’enanave tristas sus la routo d’Anduzo »

8. TROUNC :
« L’aucèl qu’a l’alo estrouncho

E ‘no gàbio pèr nis

De làngui s’aganis

E lèu la mort lou councho »

Cette dernière citation suffirait à prouver que notre auteur est un poète au vocabulaire riche, original et précis. La petite anthologie que l’on trouvera à la suite de cette présentation montrera, elle aussi, que Marius Dumas mérite amplement d’être tiré de l’oubli.

A toutes ces qualités, déjà rares chez un jeune auteur, Marius Dumas joint un patriotisme cévenol qui me semble fort important à l’heure où un mouvement idéologique –l’occitanisme- voudrait fondre l’ensemble des langues et parlers d’oc dans une mélasse intitulée « langue occitane », le mot « occitan » étant répété à satiété par les tenants de cette idéologie ultra-jacobine qui, sous la conduite d’un quarteron d’ universitaires à la retraite, est particulièrement virulente dans le Gard. La meilleure réponse à leurs piaillements centralisateurs, c’est la tranquille affirmation de Marius Dumas qui compose un hymne à la Langue Cévenole :

Nous ensignes la patrìo E nous endraio toun lum, Lengo douço das Cevenos.

 (« Tu nous enseignes la patrie, et ta lumière nous montre le chemin, o douce langue des Cévennes »)

Cette Langue Cévenole -langue d’oc intermédiaire entre le provençal et le languedocien, qui se caractérise par la conservation du phonème /v/ (comme le provençal) et les articles du pluriel (lous) et (las), comme le languedocien-, il semblait que les cantons d’Alès s’en étaient arrogé le quasi monopole littéraire : voici que Marius Dumas l’illustre avec bonheur dans le Canton de Lédignan qui, je l’espère, lui rendra à l’occasion l’hommage et les remerciements qui lui sont dus.

Fait à St-Martin ce 11 août 2007

Yves Gourgaud


Esquisse bio-bibliographique

Biographie : elle se réduit au minimum, à savoir que Marius se disant « jeune » dans les années 1870, il est très probable qu’il naquit dans les années 1850. Vers 1877-78, il réside à Saint-Jean-de-Serres, où il compose des poèmes.

Bibliographie : Marius Dumas n’a rien publié en recueil. Outre les textes reproduits ici, voici les textes que nous connaissons :

1882 page 29 Lou varlet de cambra

1883 page 80 Lou Gavot Musica

L’ Iòu de Pascas

page 30 Tourna-mai Camous

page 83 Lou paure ourfanel

page 115 Lou mege

1884/5 page 33 L’oste Fricassèia

Ces 6 textes en prose sont des cascareleto, petits contes plaisants rendus populaires par l’Armana Prouvençau de Mistral et Roumanille.

Notice Gaussen, à corriger :

Il n’existe pas de texte de M. Dumas dans L’Armana de Lengadò de 1876. Il est cependant plus que probable qu’on en trouvera dans les armana précédents (Armagna Cevenòu de 1874 et 1875) et suivants (Armana de Lengadò de 1877 et 1878)

Notice Gaussen, à vérifier :

La Cigalo d’or : cet hebdomadaire nîmois parut entre avril et septembre 1877, à la suite de Dominique qui avait paru entre septembre 1876 et avril 1877. Au total, 52 numéros de 4 pages, qu’il conviendrait de dépouiller entièrement.

Notice Gaussen, à compléter :

Cantico à Nostro Damo de Primo Coumbo… : où et quand fut publié ce texte ? Lou Brusc, journal aixois bimensuel puis hebdomadaire de 8 pages parut entre 1879 et 1883 : Marius Dumas y collabora chaque année (selon Bonifassi : La presse régionale de Provence en langue d’Oc, Paris-Sorbonne 2003, page 356). Revue à dépouiller entièrement. Lou Prouvençau, journal littéraire bimensuel , parut sur 4 pages entre 1877 et 1879. Tous les textes de M.Dumas qui y furent publiés sont reproduits ici (les cinq premiers poèmes de notre anthologie). Nous n’avons pas consulté les derniers numéros de ce journal, à compter du 15 décembre 1878 (une quinzaine de numéros)

Selon L’ Iòu de Pascas de 1881 (page XXXV), voici les œuvres de M. Dumas publiées en 1879 et 1880 :

1) Un rai de sourel in Lou Prouvençau

2) Perqué… ? in Lou Brus du 28

3) À travès plano e mount in Lou Brus

4) Idem in L’Iòu de Pasco pour 1881du 15 mai 1879décembre 1879du 31 octobre 1880

Quelques interrogations 

La carrière littéraire de Marius Dumas, bien attestée entre 1877 et 1884 (cf. plus haut) semble s’être brusquement arrêtée après cette date. On ne trouve aucune trace de lui dans les Armana Prouvençau ni dans l’Aiòli qui parut entre 1891 et 1899. Bien sûr, il nous reste de nombreuses publications à consulter… La connaissance de sa date de décès pourrait aider à résoudre ce petit mystère… Toute aide sera la bienvenue.

À propos de la graphie de M. Dumas 

Dans la Notice Gaussen reproduite plus haut, « disciple d’Arnavielle » signifie que Marius Dumas adopte l’orthographe des félibres cévenols, qui se veut très proche des réalités de la langue parlée. On remarquera cependant que les textes de M. Dumas reproduisent deux prononciations : l’une, très locale et propre à St-Jean-de-Serres, dit (a) à la fin des mots ; l’autre, plus générale en Cévennes, dit (o). On rencontre la première dans l’ Iòu de Pascas (pas toujours) et la seconde dans Lou Prouvençau.

Il suffit de consulter l’Atlas Linguistique de la région (carte n°2 « étoile ») pour se convaincre du caractère ultra-localiste de la première de ces prononciations : le point d’enquête 30-09, Lézan, qui fait partie du Canton de Lédignan, est au centre d’une zone qui prononce clairement (o) : j’ai donc décidé, par souci de lisibilité, et après avoir signalé le fait, de rétablir partout le –o final atone qui reste un des traits distinctifs de la Langue Cévenole si chère à notre auteur. Cette harmonisation ne touche d’ailleurs qu’un seul des textes de notre anthologie, le conte en prose.

Remerciements


Ce m’est un agréable devoir de remercier ici celui qui a libéralement mis à ma disposition sa collection de l’ Iòu de Pascas, Serge Goudard, Languedocien par le sang, provençaliste par le cœur et la raison, collaborateur de la revue Li Nouvello de Prouvènço dont le directeur Jean-Claude Roux perpétue la tradition écrite en Langue Cévenole dans l’esprit d’Arnavielle et de Marius Dumas.  

PLAGNUN


Au majourau En Teodor Aubanel, Sendi de Prouvènço

Moun cor es coumo la Miougrano

Que s’entre-duerb e se desgrano

Au grand sourel que l’amistouno :

Lou rai brulant que la poutouno

Estrasso aquel bèu fru d’autouno,

E subre sa faço redouno

Au fio d’estiéu,

Fai un tal viéu.

Moun cor es coumo aquelo roso

Que l’eigagnau abéuro, arroso

Alor s’espoumpis, oh ! qu’es bello !…

Lèu uno man traito e rebello

Chaplo au cepoun la pauro bello,

E la reino flour printanello

Tout lou mati.

Fenis aqui !

Moun cor es mai coumo l’estello

Qu’amount, dins l’azur, s’empestello

Pièi, quand la niue quito sa raubo,

Qu’à l’óurizoun pounchejo l’aubo,

Soun lustre à nostes iels se raubo

E, davans que cante l’alaubo,

À jour fali ;

Es esvali.

Moun cor, ai ! las ! retrai encaro

Aquel malaut à pauro caro

Soun amo de viéure es avido ;

Ièi sa toumbo semblo abourrido,

Deman es tournamai drouvido

E soun cors tèn pus à la vido

Mai mort que viéu.

Que per un fiéu.

I’a-ti quicon dins la naturo,

Astre, flour, planto o creaturo,

Pus forto encaro es ma soufranço,

Car ma vido es senso esperanço,

E per paga moun esperanço

L’endiferenço (oh ! tristo estanço !)

Que mai soufris ?

Soulo s’óufris !

Ai, coumo la Miougrano, à l’amo

Un tal prefound que me deslamo

Es uno drolo ben poulido,

Es uno blanco margarido

Que m’a fa ‘quel mau, la marrido !

E ma plago sara garido

La niue, lou jour :

Qu’em soun amour.

Coumo la roso imouisso e gento,

Uno douço eigagno sourgento

Neitar divin, puro ambrousìo,

Perfum d’amour, de pouësìo,

Rajo, que moun cor se grasiho !…

Deman aurai de ta sesiho

Dedins moun cor.

Que lou record !…

Coumo aquelo esteleto alegro

Qu’amount, dins la niue sourno e negro,

Ansindo viéu dins la sournuro

Moun amour, e se i’amaduro ;

À moun cor lou mau se courduro,

Emai ma niue que sempre duro

Lindo lusis,

S’escuresis !

Vaqui moun ur, vaqui moun estre,

E de moun mau sièi pas lou mestre !

Me mino, me poun, me lancejo,

E me seguis e me coussejo.

Moun amo, ai ! las ! de longo aissejo,

Car dins iéu boufo uno auro frejo,

Coumo un remord,

Un vènt de mort !…

Quouro finira moun martire ?

Drolo, tu soulo pos hou dire.

Plouro quand vèi pas pus sa maire :

Ansindo gemis toun amaire !

De-que vòu dounc lou bèu bramaire ?

Vòu toun amour coumo un esclaire

L’efant perdu

Qu’as escoundu !

Mandadis à En Teodor Aubanel

Mestre d’amour, o Teodoro !

Vous que subre vosto mandoro

Que lou roussignòu dins lou vibre,

Escusas lou jouine felibre

Que vous canto soun endoulibre

En vers frejau coumo jalibre

Cantas tant dous

E pau courous.

Sant-Jan-de-Serro, 20 de Mars 1878



Cansou de la Lengo Cevenolo


Èr : Lou Vin di Felibre

Vai, precho per tout lou terraire

Ta lengo que, pauro ! languis.

Muso, an daut ! fau mai canta ;

À l’obro ma touto bello :

Merito d’èstre vanta

Lou sujèt que nous apello

Car es acò que barbello

Lou Troubaire Cevenòu :

Tant courous coumo uno estello,

Sèmpre vièl e sèmpre nòu,

Es lou parla das Cevenos.

Me plai tant

Qu’en cantant

L’enaure au su das Cevenos.

Es un lum,

Un perfum,

Es l’amo de las Cevenos !

II

Aflat sant, lengo d’amour,

Amistouso parladuro,

Douço coumo uno mamour,

Coumo un bouquet de verduro.

Las ! moun cor que s’amaduro,

Quand sentis toun estrambord,

Delembro sa blessaduro

E s’esvarto mou mau-cor ;

Lengo blouso das Cevenos,

Plases tant

Qu’en cantant

T’enaure au su das Cevenos.

Sies un lum,

Un perfum,

Sies l’amo de las Cevenos !

III

Coumo un rai dau grand sourel,

Ansindo moun parla briho :

Lou pagés ressent pèr el

Un amour que l’enebrìo.

As la graço e l’armounìo,

Pièi, se vèn lou treboulun,

Nous ensignes la patrìo

E nous endraio toun lum,

Lengo douço das Cevenos.

Plases tant

Qu’en cantant

T’enaure au su das Cevenos.

Sies un lum,

Un perfum,

Sies l’amo de las Cevenos !

IV

Quand semblo s’estrementi

Dins lou mounde touto causo,

Iéu, me parèis, sens menti,

Qu’en tu moun esprit repauso.

Se te remiro e te lauso,

Lèu me sente trefouli :

E d’acò sies tu l’encauso,

O moun tant bèu parauli,

O ma lengo das Cevenos !

Plases tant

Qu’en cantant

T’enaure au su das Cevenos.

Sies un lum,

Un perfum,

Sies l’amo de las Cevenos !

V

Dins lous siècles requioulas

S’as agu tous jours de glorio,

Pus souvent encaro, ai ! las !

S’es escricho toun istorio

Dins la lucho, la ventorio

E l’emboul e lou tracas ;

Mès ièi t’auren la vitorio,

Lous tems de dòu soun marcas,

Bello lengo das Cevenos !

Plases tant

Qu’en cantant

T’enaure au su das Cevenos.

Sies un lum,

Un perfum,

Sies l’amo de las Cevenos !

Pèr la Tabò, Escolo d’Alès

VI

Sara-ti van moun esfort

Pèr tu, lengo cevenolo ?

Oi segur, car siei pas fort

E mou Pegase tremolo.

Mès, vai, t’en save uno colo

Que se ie metra de bo !

Sara nosto ardento Escolo,

Nosto valento Tabò !

Zou ! que cante das Cevenos

Lou parla

Clavela

Per elo au su das Cevenos.

Es un lum,

Un perfum,

Es l’amo de las Cevenos !

Sant-Jan-de-Serro, 14 d’Abriéu 1878


L’estrambord

Au Felibre G. Charvet

Un poutoun à ma mìo, un poutoun à ma bello,

Un poutoun que ma bouco a pausa sus la siéu !

Ah ! secourissès-me, mous bèus amis de Diéu,

Sente moun cor se foundre e vira ma cervello !

Amour, Amour, bèu diéu, ta coumbour douçarello

Rumo, assedo moun cor coumo un sourel d’estiéu :

Digo-me lou neitar que n’abéures lou tiéu

Quand te sentes crema pèr ta flamo bourrello !

Aquel poutoun brulant que sus sa gauto ai pres

A quita sus ma labro un perfum sempre fres

Qu’enebrìo moun èstre e me chalo e m’embaimo !

Oh ! d’aima qu’acò’s dous ! e que sarièi urous

Se l’avièi ma Fineto ! Alor de dous poutous

Poudrièi nourri moun cor que dempiei tant lous aimo !


Un  retrach

À  Madameisello  Albertino  P…

Soun front linde e dubert, encadra d’esperel

Dins un riche péu brun, majestadous s’alando ;

Per atuba soun iel, Diéu prenguet dau sourel

Un rai qu’empresounet dins sa prunello cando.

Sa bouqueto –o beloio ! un fin rubis, un grel

De rosos qu’espelis- un aflat suau vous mando :

Tout en elo retrais la dau divin coursel

Que n’an pertout vanta la bèuta subre-grando.

Sus soun visage esters qu’un ten rose flouris,

Rescountras, ple de graço, un alargant sourris

Que vous emplis lou cor d’uno douço tubèio !…

Coumo uno angello tendro e fréulo, soun aspèt

Vous cativo l’esprit, e jurarias sus pèd

D’avé davans lous iels la caro de Mirèio !


L’ eigagno

À Moussu lou Comte de Vilonovo,

Secretàri de la Mantenenço de Prouvènço

Quand à l’óurizoun l’aubo que clarejo

Nous mostro la niè fugissent lou jour,

Lèu lou roussignòu, per canta, s’aigrejo

De soun nis sedous, soun tant car sejour.

Deja la cigalo à brand cacalejo,

Coumenço soun cant que redis toujour ;

E lou parpaiou vers la roso alejo,

Porto à sa mestresso un tendre boujour.

- De-que cerques mai, parpaiounet, digo,

Que lous bais ardents de ta bello amigo ?

E tu roussignòu, e tu brun cigau,

Vautres dous qu’avès tant douço cantagno,

Quante es lou neitar blousenc, vosto gau

E vosto ambrousìo ?  - Un degout d’eigagno !

Sant-Jan-de-Serres  /sic/ 15 d’Avoust 1878



À  travès plano  e  mount

I

Quand l’aubo matinieiro,

Dau jour ouro premieiro,

Parei, souvent m’envau

Dins la garrigo immenso ; (1)

Aqui, per fes, coumenço

Moun cant doulent e rau.

Deja lous aucels cantou,

De bèus aires m’espantou

E d’ur tout trefouli,

Trove suau ço que disou,

Car semblo que predisou

Lou raive enfestouli

Que trevo ma pensado ;

E moun amo bressado

Per aquel dous councert,

Moun amo, d’amour raso,

D’un fio nouvel s’embraso

E se viro à l’esper.

Oh ! qu’es douço la vido

Que l’Amour a’ngaudido

À vint ans !… Cap-de-Dis !

L’Amour, ai ! vous tresporto ;

L’Amour, cresès la porto

Que duerb lou paradis.

II

Que noun ai toun aleto,

Poulido dindouleto !

Lèu-lèu m’envoulariei,

Sautant de serre en serre,

Vers moun amigo ! s’ere

Aucel coumo voudriei.

Subre la fenestreto

Qu’esclairo la cambreto

Ounte es cabi soun lie,

Aqui fariei ma pauso

E, dau tems que repauso,

Moun cant la bressarié.

Fariei mai : per ie plaire,

M’enanariei dins l’aire

Cerca forço d’aucels,

E fins qu’à sa levado

Redirian en aubado

Nostes pus dous moucels.

Piei, se per escasenço

Venié de sa presenço

Nous gramacia, ‘n retour,

Per ie mai faire festo,

Voulariei sus sa testo

En bresihant d’amour !…

III

Lou jour escalo, mounto

La nie s’entorno proumto

Laissant lou cel tout blanc ;

E dins la grand plantado,

Per lou zefir pourtado,

L’auro boufo plan-plan.

Soun alenado fresco

E fino me refresco :

Lèu s’amaiso moun cor.

Mes lou sourel se levo !…

Soun proumiè rai panlevo

Moun amourous desbord.

- O vent ! aureto douço,

Quand viages, dins ta cousso

Rescontres pas jamai

Moun amigo poulido,

L’anjounet de ma vido,

De moun cor lou pantai ?

Quand la troves per orto,

Que soul ie fas escorto,

Te dis pas jamai res ?

Te conto pas sa peno ?

E lou mau que l’apeno,

Sabes-ti pas quante es ?

No !… Las ! tout me desfriso !

O tu, ma caro briso,

Tu, m’abandounes pas ;

D’abord que sies laugeiro,

Siego ma messageiro

E vai lèu l’acipa.

Zou ! mostro-me toun zelo ;

Volo, volo vers elo ;

Volo, o car ventoulet !

Que sus toun alo fino

Moun pensamen camino,

Camino à perdre alé.

Dis-ie : « L’entre-lusido

D’un fio de regalido

Qu’en te mirant a vist

Lou drole que tant t’amo,

Sempre abraso soun amo

Qu’ai ! las ! se counsumis !

O tu, mignoto bello,

Seras-ti mai rebello

Au desir de soun cor

Qu’à travès plano e coumbo

Vers tu, gento paloumbo,

Bandis emé tresport ?

Sentes pas que lou cremo

Lou mau d’amour qu’estremo

Dins soun cor e caris ?

Sentes pas que sa labro,

De bais vèuso e alabro,

Per aro refrenis

Au canta linde e siave

D’un poutou ? Soun iel blave

Noun pot pus cado jour !

Au fio de ta prunello,

S’embranda ? Mes, brunello,

Soun cor t’aimo toujour ! »

En caressant sa caro,

Parlo-ie mai encaro ;

Jusquo qu’à la fin-fin,

Cremado de ma flamo,

Ço que moun cor reclamo,

Per tu m’ou mande enfin !

(1) Lou camp de la Vau-bouno es uno inmenso plano peirigouso, que porto pas res.



Fricasso l’abrasaire


D’abor que l’Uòu de Pascos vòu me drouvi soun crouvel per ie laissa trempa ‘no lesco de pan, faudra que sous leitous m’escusou, se trovou que l’ai coupado trop longo.

chapla de cassairolos, engruna de sartans e de lanternos ; car de tout tems i’a agu d’abrasaires, e vous vau parla d’un en quau las dents fan pas pus mau dempièi bon brieu. coumo ièi, cade ivèr, lous abrasaires davalavou d’Auvergno en Lengadò, e fasièu das pèds e das mans per gagna quauques sòus. Coumo ièi també, cade Auvergnas tenié sa countrado e se n’en escartavo pas gaire. Fricasso avié pas mau causi soun trau : courrissié lou quartié entre Alès e Nimes.

(quau n’a pas ?), noste abrasaire èro un pintaire numerò un. Entre que se sentié quauques sòus dins lou boussot, lous cambiavo countro un piché de vin, countro dous, countro tres ; e’n cop qu’avié begu, pas pus d’ome.

De tout tems s’es descuia de toupis, Adounc, dau tems de Fricasso, Sens parla de sous autres defauts

Aquelo annado, Fricasso avié mena soun droulas, gandar de treje ans, e laissa sa fenno embé sa pichoto au païs. Lougavo per l’iver un maset à Boucairan, ounte venié coucha cade vespre, per espargna sa denieirolo e béure un cop de mai. fasié’n tant marrit tems que quitè soun droulas au maset e s’en anè soul.

Gardou sus lou barquet, car lou pont de Ners èro pas encaro fach ; pièi dintrè à Mariuèje per saupre se i’aurié pas de traval l’endeman.

Espinchouno lou cabaret, e ie vai capita l’Estoufa, soun pus grand ami, qu’arremassavo de pels de lèbre e de pels de lapin. Fricasso e l’Estoufa se couneissièu de longo, e dous amis coumo acò se poudièu pas quita senso bèure fouieto.

èrou cascas toutes dous, e Fricasso enregavo lou cami de Boucairan en rasclant las muraios ; aguè pas fach un quart de lègo que pouguè pas pus landa : la testo ie viravo, savié pas ount’èro. S’ajouquè sus lou bord dau cami.

Fricasso ? » ie dis quaucus en passant. bon briéu que vese passa d’oustaus davans Un jour qu’èro louga à Benobre, Lou vespre, en tournant, passè De que vous dirai ? Uno ouro après, - « De que fas aqui tant tard, - « Tè, ie respond l’ibrougno, i’a un 
iéu, espère que moun maset arrive per ie dintra. »

s’enanant. s’alounguè sus la duro, e la vapou dau béure ie dounè lèu las endourmidouiros. èro ana veire un coulègo e, per agandi soun castel, falié que passèsse au rode ounte dourmié Fricasso. Fasié deja nié, lous camis èrou marrits, la veturo caminavo douçament.

Tout d’un cop, lous dous chivals s’aplantou e se metou à requiéula, maugrat lous cops de fouèt. Lou varlet sauto de soun sèti per lous retène, car en requiéulant aurièu pougu barrulla la costo que mountavou, e d’aqui dins Gardou, que rajavo à soun pèd ; lou baroun èro també descendu per vèire ço qu’acò voulié dire e, un pistoulet à la man, cercavo s’avié pas afaire end’un alaire. Lou varlet i’esplico l’esfrai das chivals, e devistou lou gus ajouca sus lou ribas dau cami. ome jouine e galoi. Entre qu’aguè recouneigu Fricasso, ie venguè l’envejo de ie jouga’n tour : faguè avança sous chivals e, ajuda de soun varlet, met lou pintaire dins sa veturo. dins mens d’uno ouro saguèrou à Gremount.

- « Ah ! sa de vi ! » ie fai l’autre en Mès Fricasso n’en poudié pas pus :

Aquel jour, lou baroun de Gremount Lou baroun de Gremount èro un Lous chivals courrissièu bon trin ;
Fricasso avié pas boulega, de tant que lou vi l’avié assupi. Lou baroun mandè tout soun mounde, e aici sian : de bras rebustes pourtèrou l’abrasaire dins un bèu saloun ; en un tour de man, ie quitèrou sas guenìos e las remplacèrou per un vèsti nòu ; la taulo se garnissié de vis de touto meno e de la mihouno vitaio. Lous mobles èrou manefics ; portos e fenestros èrou mascados emb de tapissariés ; enfin un lustre coumo un sourel esclairavo la salo de niech e de jour. d’aqui ; en se dereveiant, soun premié cop d’iel saguè per la taulo. Èro prou ‘stouna de se trouva… ounte ? Digus i’ou disié pas, mès faguè pas res per hou saupre. Entamenè uno bouteio, pièi uno autro ; mangè quauques moucels d’acò mihou e, fins que toumbèsse rede coumo uno banasto, s’arrestè pas de bèure e de brafa. que dourmiguè trento ouros senso debrida. pauro, e falié béure un cop per ne faire passa lou marrit goust. Entremens que dourmié, la taulo s’èro regarnido ; restavo pas qu’à causi. Tournamai Fricasso se meteguè ‘n devé de destapa las bouteios, e vous pensas la seguido.

Mès Fricasso s’avisavo pas d’acò Aquelo batudo l’avié talamen alassa Quand se dereveiè, sa bouco èro Couneissès aquelo dicho : Entre l’estriéu e la sello, i’a plaço per se fica au sòu. Entre l’à-jun e lou pintourlige i’a un tems ben plus long, e Fricasso l’acourchavo tant que poudié : - « Pamens, ounte podes ben estre ? » E se cavihavo l’esprit senso jamai respondre à sa questiéu ; à la fi, se pensè que i’avié pas qu’un rode per se trouva tant ben : lou paradis. À parti d’aquel moumen se ie creseguè establi, e faguè pas res per n’en sortre.

Gremount, soun paure drole savié pas ounte pica. Lous que l’avièu vist au bord de Gardou diguèrou que lou vi devié l’avedre fa barrulla dins l’aigo, e toutes creseguèrou l’abrasaire nega.

e coumtè lou cop à sa maire. La fenno de Fricasso l’aimavo mai que s’hou meritavo ; desoulado, faguè dire de messos, aluca de cierges per l’amo de soun malairous ome. I’avié tres jours que la nouveno èro acoumençado, quand un vespre vesou espeli Fricasso, fres coumo un gal.

Gremount avié pas vougu l’iverna dins soun castel. Quand l’aguè garda tres jours, lou pourtè tout endourmi aqui mounte l’avié pres, dau memo biai e dins la memo tengudo. Entremens que Fricasso èro à Lou paure efant mountè vite au païs Coumprenès que lou baroun de

Quand Fricasso douvriguè l’iel, se creseguè d’avé raiva, e s’acaminè vers Boucairan ; coumo soun droulas n’èro adeja parti, el també gagnè lou cami de la mountagno. coumo acò ? ie dis sa fenno touto en joio, car s’èro vestido de negre per faire soun dòu. coumo un gant, sorte de Boucairan. que t’ères nega, e despièi tres jours sen aici que pregan, fasèn dire de messos, brula de
cierge, per te desliéura dau purgatòri. purgatòri ? Es pas un raive dounc qu’ai fach ? E aqui dessus se met à arpanta de long en large en disent : que me cresièi en paradis ! Mè’s egau, on es ben au purgatòri ; aurièi be vougu ie resta toujour !… e dire qu’es à ma fenno que deve de n’estre sourti !… Acò’s trop fort !… e se met à bacela l’esquino de la pauro doulento :

sourti dau purgatòri, ounte bevièi tant e me                             coustavo pas res ; ounte tout  èro bèu, tout èro bo ; ounte me plasièi tant ! Acò t’aprendra de te mescla de tous afaires un autre cop !

- Ai, moun ome ! d’ounte sortes

- D’ounte sorte ? ie fai Fricasso dous

- Mès lou drole es mounta, en disent

- De que ? s’hou fai Fricasso, ère en

- Ai pas raiva, ère en purgatòri ; iéu

Empougno lou margue de l’escoubo,

- Ah ! couquino ! es tu que m’as fach  quitè quasiment morto. proumeteguè be de laissa crema soun ome un autre cop. pas pus lou mème ; l’idèio dau purgatòri ie revenié toujour e lou tentavo  - Aici, disié, me fau travaia coumo un miserable per gagna quauques sòus, amai es tout escas se pode bèure ma fouieto, tandis qu’au purgatòri on a tout à boufre e l’on fai pas res.

ie tène, e ‘n vespre se jitè dins lou pous per ie tourna. cousièu encaro, vouguè pas ni lou ploura, ni prega per el.L’iro lou fasié pica tant du que la La pauro fenno, touto amalugado, se À data d’aquel jour, Fricasso saguè Au bout de iuè jours pouguè pas mai Sa fenno, que sas macaduros ie  

TABLE  DES  MATIÈRES

Présentation page 3

Esquisse bio-bibliographique page 8

PLAGNUN page 12

(Lou Prouvençau n° 37, 2 juin 1878)

CANSOU  DE  LA  LENGO CEVENOLO

(Lou Prouvençau n° 36, 12 mai 1878) page 16

      L’ESTRAMBORD page 22

      (Lou Prouvençau n° 43, 19 août 1878)

UN  RETRACH page 23

(Lou Prouvençau n° 43)

L’ EIGAGNO page 24

(Lou Prouvençau n° 43)

À  TRAVÈS  PLANO  E  MOUNT

(L’Iòu de Pascas 1881 page 88) page 25

FRICASSO  L’ ABRASAIRE page 32

39

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